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Edito
La vie democratique pour réaffecter les projets techniques
Dorothée Benoit Browaeys
Les files d'attentes s'allongent. C'est vrai, on attend de plus en plus. La Poste a trouvé le moyen de résoudre le problème. Non pas en engageant de nouveaux guichetiers mais en installant des milliers d'écrans dans les points d'accueil du public. Pardi, ça casse l'ennui et cette impression lourde de perdre du temps. Ainsi en luttant contre le " sentiment d'attendre ", tout va mieux !
De nombreux politiques s'inspirent de cette tendance. : au lieu de régler les problèmes concréts, ils éliminent le malaise engendré. Et le tour est joué.
L'idée pourrait bien inspirer les maires des banlieues. Pourquoi ne pas projeter sur les façades publiques des concerts de musique, des scènes de convivialité pour lutter contre le sentiment d'exclusion ? Et les directeurs des foyers Sonacotra pourraient aussi diffuser en boucle " la biographie de Noêl Forgeart, un gars comme toi et moi ", histoire de dédramatiser le sentiment de pauvreté. Tout est si relatif !
Il y a beaucoup d'erzatzs dans nos vies. Les crèmes qui nous rajeunissent de vingt ans, les " smart-drugs " , ces pilules du bonheur qui éliminent nos soucis, les communications instantanées qui font fuir le spectre de la solitude, les flots de paroles - oui ces logghorées - qui font croire à l'avenir.
Il y a aussi des erzatzs de débats. Ceux sans confrontation, où tous sont d'accord, parce que tous sont " calibrés pareils ". Ceux où l'on croit se parler, mais où personne ne s'écoute. Ceux où l'on parle de tout sauf des options divergentes. Ceux surtout où les pouvoirs sont laissés sous clé et en coulisse.
Car on assisterait le plus souvent à une " comédie démocratique " masquant une arrière scène où se prendraient les vraies décisions avec d'autres acteurs et pour de tout autres raisons (voir l'article De la nécessité de l'ironie ordinaire).
De même, dans une société pourtant étiquetée comme " société de la connaissance " les experts s'accordent à dire que la séquestration des savoirs (fabrication de dossiers classifiés) et la fabrication de l'ignorance vont croissantes. Car l'appropriation des savoirs est un enjeu stratégique majeur.
Or, l'insistance au partage de l'évaluation et des décisions contrarie directement cette logique (voir Des histoires avec Minatec, Crolles 3 et Clin@tec). Pour autant, la logique de l'innovation est vaine si elle ne répond qu'à ses propres impératifs. Elle est pauvre si elle ne s'enrichit pas de métissage des représentations (voir l'article L'avenir a besoin de nous). Elle peut devenir risquée dès lors qu'elle instrumentalise des individus ou les aliène.
La gouvernance ne peut donc plus se concevoir sans inclure la diversité des acteurs. La mobilisation de la société civile s'impose non pas, par nécessité morale mais par urgence de reconstruction de la " chose politique ", cette res-publica qui n'a jamais trouvé ses idées dans l'expertise scientifique !
Ainsi le débat public restera un erzatz s'il ne favorise pas la montée en puissance des acteurs locaux ou (et) concernés prêts à s'impliquer pour réaffecter les choix scientifiques et techniques (voir les six propositions aux candidats). Cette mutation politique peut être rendue possible par des processus pragmatiques permettant l'appropriation, la valorisation de compétences et l'invention collective de modalités d'influence novateurs. Ce cap constitue la priorité de VivAgora en 2007 avec son projet européen "pour une gouvernance inclusive des nanos" monté avec neuf partenaires de l'Europe élargie.
Débats Publics
Délibérer en situation d'incertitude
Yorghos Remvikos*
La relation entre les politiques et les scientifiques manque aujourd'hui de clarté. L'expertise constitue une référence (on serait tenté de dire un alibi) pour les premiers et une valorisation pour les seconds. Mais qui fixe la question posée à l'expert ou les limites de sa compétence ? S'assure-t-on de son indépendance et permet-on aux experts d'expliciter l'ampleur des incertitudes et leurs impacts ? Sommes-nous capables de tenir compte de la pluralité des points de vue ?
En fait, nous adoptons un modèle simpliste qui admet que l'état des lieux des connaissances scientifiques aboutit obligatoirement à l'identification de la solution optimale. Pourtant, pour les phénomènes complexes, le changement climatique par exemple, la science ne peut pas apporter une conclusion définitive ou suffisamment précise. Ne serait-il pas alors possible d'identifier plusieurs points autour desquels un dialogue peut s'instaurer pour améliorer l'issue du processus.
Dialogue entre qui et de quelle nature ? C'est justement l'enjeu de la "concertation" si souvent évoquée par les pouvoirs publics et si difficile à mettre en œuvre à en juger par les controverses autour des sujets importants : OGMs, nucléaire,… Avec le modèle simpliste précédent, on néglige à la fois que le problème représente un choix social et que l'expertise est en mesure d'apporter des réponses aux interrogations de la société et pas seulement à la commande publique.
Pour sortir de ce modèle, il faut trouver les moyens d'intégrer dans le processus décisionnel la demande sociale de manière juste et équilibrée, sans la qualifier de "profane", qui relève du jugement de valeur et continue, de fait, à accorder la légitimité au seul couple expert - décideur ?
Nous sommes aujourd'hui régulièrement confrontés à des situations de "délibération en situation incertaine". Il s'agit donc d'organiser les processus d'interaction et de coopération pour faire que la décision soit socialement plus robuste.
Cinq modèles d'utilisation de la science, inspirés de l'analyse de Jerry Ravetz et Sylvio Funtowicz sur la " science post-normale " peuvent fournir un cadre de pensée pour l'aide à la délibération.
Le couple formé entre scientifique et politique est fondé sur l'idée de perfection de la science. C'est le modèle initial dit "moderne".
Il est ici présumé que les décisions reposent sur des faits certains, donc vrais. La vérité ne peut qu'être bonne et porteuse de progrès. Cette vision peut être qualifiée de technocratique.
Le modèle basé sur la précaution considère "incertaine" l'information, ce qui ne permet pas de conclure.
Si l'on reconnaît que les faits scientifiques ne sont pas absolument certains, ni suffisamment concluants pour une prise de décision, le processus décisionnel peut être pris en défaut. La vérité de la science n'est pas remise en cause, mais la simple addition d'une dimension de précaution protège et donne une légitimité au décideur.
Le modèle arbitraire d'un cadrage construit par les parties prenantes. Les données scientifiques sont alors souvent mal utilisées.
En l'absence de faits concluants, la science n'est qu'un des apports qui alimente le processus décisionnel. Chaque partie prenante, avec ses perspectives et ses valeurs doit participer au débat. La négociation sur le cadrage du problème devient partie du processus (on peut même discuter de quel domaine disciplinaire il relève). Les choix comporteront donc une part d'arbitraire.
Dans ce cas, l'approche doit être aussi analytique que possible (causes, effets, prévention, remédiation, etc.). En cas de décision erronée, il sera difficile d'attribuer la responsabilité car le jugement sera lui-même influencé par le cadrage initial.
Séparer science et décision politique peut conduire à "abuser" des scientifiques.
Les scientifiques font partie d'institutions qui ont leurs modes de fonctionnement propres. De plus, en fonction des sources du financement des travaux, il peut y avoir des contraintes qui influencent les conclusions. L'indépendance de l'expertise devient un but en soi pour éviter toute influence qui menacerait son intégrité et pour assurer aux politiques la responsabilité de la prise de décision.
Cependant, trouver la bonne ligne de démarcation n'est pas chose simple. Une trop grande séparation peut conduire à une science "autiste", poursuivant des buts déconnectés des besoins de la société. Dans le cas inverse, la science soumise à la politique ne fera qu'aggraver la méfiance des citoyens.
Le modèle d'une participation élargie à la délibération en situation incertaine
La reconnaissance des imperfections et de l'"indécidable" en science oblige à conférer un rôle "modeste" aux résultats scientifiques dans le processus décisionnel. L'expertise "technique" représente alors un des apports des savoirs pertinents au sens large. L'analyse scientifique "rigoureuse" n'est plus conduite à l'écart mais est replacée dans le cadre d'un dialogue public. Les citoyens sont à la fois critiques et créateurs de connaissances : ils apprécient la pertinence des données scientifiques dans leur contexte. Il faut bannir les termes péjoratifs de savoirs "locaux" ou "pratiques", parfois "profanes". Par cette co-construction de connaissances, la communauté étendue des parties prenantes (qui deviennent de facto des pairs) concrétise une expertise démocratique délibérative, support de décisions assumées collectivement et de portée durable.
*vice-président de VivAgora
Cerveau et drogues : des réponses à tout prix !
Suspendez une souris par la queue, mesurez le temps pendant lequel elle se débat et tente de se detacher… et vous aurez l'état dépressif de votre petit rongeur. Ajoutez à votre animal un peu d'antidépresseur et hop, vous obtenez un comportement plus combattif.
La recette plait au grand public qui veut avoir des explications. Même illusoires ! Ainsi, des journaux comme Cerveau et Psycho vous explique tout sur "le développement du sens moral" (n°16 aout 2006) ou la mécanique de la depression (n°19, janvier-février 2007). Dans ce dernier numéro, Michel Hamon rend compte des causes de la dépression : manqué de sérotonine, qui conduit à la resignation, anhédonie due à un déréglement de l'état de stress. Parfait, la demonstration donne à penser que les neurobiologistes sont aux commandes. Les boutons de la récompense, du plaisir, de la performance... du bonheur sont en leurs mains !
Le message est bien celui qu'ont retenu les quelques cent auditeurs venus écouter Jean-Pol Tassin, Serge Hefez et Jean Noël Missa au Café des techniques du CNAM (Paris) le 29 mars 2007. la rencontre, consacrée au Cerveau et ses drogues. Les causes sociales des addictions, l'impact de l'environnement sur le fonctionnement du cerveau… ? Évacués.
Ainsi, ces "communicants scientifiques" donnent à penser que l'on comprend presque tout des maladies psychiques, et que l'on dispose d'outils pour les maîtriser. Pourtant, ceux qui écoutent et réécoutent les invités du cycle Cerveau et santé mentale, n'entendent pas tout à fait la même chose…
Il y aurait donc bien là des idéologies, des partis-pris, bref des causes politiques !
Les nanotechnologies aux Etats-Unis : vers la participation du public ?
Brice Laurent
La recherche sur les nanosciences et nanotechnologies est aujourd'hui une priorité aux Etats-Unis. Le 21st Century Nanotechnology Research and Development Act signé par le président Bush en 2003 établit un programme national pour les nanotechnologies. Ce programme comporte un volet consacré aux "implications sociales des nanotechnologies" qui demande notamment l'intégration des "apports publics" obtenus par "des mécanismes tels que des panels ou conférences de citoyens". La National Nanotechnology Initiative (NNI) se contente lors de son lancement en 2001 de promouvoir des "activités éducatives" à destination du public, mais elle a pourtant été à l'origine en mai 2006 d'une conférence visant à promouvoir la participation du public qui a réuni plus de 150 personnes.
Parmi les participants de cette conférence figuraient des représentants du réseau NISE (Nanoscale Informal Science Education) qui regroupe une dizaine de musées scientifiques dispersés dans tout le pays. Grâce à un financement de la NSF, ces musées organisent depuis le début de l'année 2006 des forums publics consacrés aux nanotechnologies. Des scientifiques, industriels, politiques et chercheurs en sciences sociales sont invités lors de ces événements ouverts à tous. Au musée des sciences de Boston, les forums débutent par les interventions des invités. Elles sont suivies par des réflexions par petits groupes, au cours desquelles le public est invité à interpeller les experts et à proposer des réponses à certaines questions, par exemple " quelles formes de régulation pour les RFID ? ".
L'objectif premier du réseau NISE est "l'éducation" du public. Mais pour les organisateurs, l'intérêt de ces forums est de susciter le dialogue entre les participants. À la suite de l'appel du 21st Century Act, le réseau NISE s'interroge sur ses possibilités de participer à l'engagement du public. Une des responsables des forums NISE au musée des sciences de Boston assure que "les organisateurs sont attentifs à ne pas reproduire le deficit model" qui explique le rejet d'une technologie par le défaut de connaissances du public. Pour la majorité des représentants du réseau NISE, les forums doivent donner au public des occasions de formuler des propositions vouées à intervenir dans les choix sociotechniques. La conception de ces événements reflète cet objectif.
Mais que deviennent alors les recommandations formulées à l'issue du forum ? On peut espérer qu'elles alimentent la réflexion des experts invités… ou qu'elles servent à éclairer le choix individuel du consommateur ou de l'électeur. Mais aucune forme d'intervention politique n'est mise en œuvre aujourd'hui.
Anticiper pour trier les nanorisques
Lors des journées de la Cité des Sciences consacrées aux nanotechnologies (Le point sur les débats, des orientations pour demain), les 19 et 20 mars derniers, nous avons pu saluer une mobilisation importante des industriels, représentants d'Arkema, Rhodia, Mecachrome, Michelin, Nanoledge, ST Microelectronics et même L'Oréal. Une brochette à faire pâlir les députés et sénateurs de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) qui avaient essuyé des refus des mêmes industriels, le 7 novembre 2006, pour leurs auditions sur le même sujet.
Qu'est-ce à dire? Pourquoi les industriels se bousculent-ils désormais au portillon des débats publics ? La crainte, exprimée publiquement par le sénateur Claude Saunier, de voir les avancées en matières de nanotechnologies tourner en désastre démocratique, est-elle en train de pénétrer les têtes ? Toujours est-il que l'on a pu entendre Christian Collette, directeur recherche et développement chez Arkema, comme Paul-Joël Derian, son homologue chez Rhodia évacuer toute assimilation des nanoparticules à des "produits conventionnels". "La spécificité spatiale des nanomatériaux nous oblige à les considérer comme de nouvelles substances" a souligné Paul-Joêl Derian dont la société a promu un effort collectif industriel pour explorer les risques toxicologiques des nanoparticules.
Du côté des cosmétiques, L'Oréal s'est installé dans une posture d'auto-justification qui semble ne plus suffire. En effet, laissant le public extérieur pointer "les questions qui fâchent", son représentant Francis Quinn s'est retrouvé à devoir minimiser les problèmes soulevés dans un "après-coup" qui grève sa crédibilité.
Cette posture n'est guère propice à la compréhension des hiérarchies des risques. Pourtant en matière de nanoparticules utilisées en cosmétiques, quelques informations de base pourraient lever des malentendus, passage obligé pour entrer dans des discussions fructueuses.
Le dioxyde de titane sert comme écran solaire et le recours à des petites particules de 60 nanomètres est justifié par un effet optimal avec ces dimensions. Il faut expliquer qu'il existe deux formes cristallines de ce dioxyde, le rutile et l'anatase (1) qui engendre des radicaux libres lui valant un classement de "possible cancérogène" (classement B2 par le Centre international de recherche sur le cancer - CIRC). Seule la forme rutine est donc utilisée. Les effets de ces nanoparticules de TiO2 dans l'environnement sont mal connus alors que l'on a repéré de réels impacts avec les oxydes de zinc et le nanoargent (qui est un antibactérien et utilisé pour cette propriété).
Au-delà de ces considérations, la nécessité d'inscrire la mention "nano" sur les nanoproduits pour permettre un choix aux consommateurs est venue au centre de la discussion. Cette approche strictement consumériste a fait réagir Jean Paul Karsenty, sociologue à l'Institut Koyré, qui estime que "les industriels s'intéressent à la santé immédiate et ignorent l'environnement" ce qui aboutit à faire peser les risques sur la mutualisation publique. Il a souligné que "la logique consumériste suivie par les industriels, exclut toute logique citoyenne" qui n'a ainsi pas prise sur leurs vigilances.
(1) In Critical reviews in Toxicology, 37 :1-27, 2007- Grey Goo on the Skin ? Nanotechnology, Cometic and Sunscreen Safety, 23 janvier 2007 - par Jûrgen Lademann, HôpitalLa Charité- Université de médecine de Berlin
Michael S. Roberts, Université de Queensland Brisbane, Autralie et deux salariés de L'Oréal : Gerhard J. Nohynek et Christele Ribaud
Meeting of minds : 126 cioyens en délibération !
Marie-Agnès Bernardis*
Au printemps 2005, 126 citoyens de neuf pays européens étaient interrogés sur la même question : comment allons nous utiliser nos connaissances les plus récentes sur le cerveau ? Cette consultation tout à fait inédite, qui a eu lieu en cinq étapes, trois phases nationales et deux phases européennes, du printemps 2005 au printemps 2006 a été le fruit d'un regroupement de douze institutions (1) partenaires financées par la Commission européenne et la Fondation belge Roi Baudouin.
Au final, le panel européen des 126 citoyens a présenté 37 recommandations dans l'enceinte du Parlement européen, devant des parlementaires européens, des responsables de la Commission européenne, des représentations d'associations de patients ou de chercheurs
Que retenir de cette expérience, plus d'un an après ?
Le projet Meeting of Minds a relevé des défis aussi risqués qu'ambitieux : organiser une délibération de citoyens à l'échelle européenne, s'emparer d'un sujet -le développement des neurosciences- éminemment complexe aux enjeux éthiques, sociaux, juridiques majeurs, concevoir une méthode participative susceptible de prendre en compte les différences linguistiques et culturelles. Avec l'espoir que les résultats de cette délibération seront pertinents et retiendront l'attention des décideurs !
À l'heure où des décisions de plus en plus nombreuses se prennent au niveau européen - autorisation de la mise sur le marché de nouveaux médicaments, expérimentation médicale sur des personnes, financement de grands programmes de recherche scientifique - se pose la question de la gouvernance de la recherche et de l'implication des citoyens européens dans les prises de décisions. On gagnerait à multiplier ce genre d'initiative, avant que les controverses éclatent et pour qu'un dialogue, une "co-réflexion" puissent s'instaurer très en amont sur les finalités de la recherche et ses usages dans la société. C'est ce qu'ont apprécié tous ceux qui ont participé à Meeting of Minds.
Intérêt de la méthode "conférence de citoyens"
Le processus "conférence de citoyens", mis au point par les danois il y a vingt ans, enrichi et adapté dans les phases européennes, a permis la construction d'une véritable délibération. Au cours du projet Meeting of Minds nous avons vu la dynamique des panels, avec les interactions au sein des groupes, les échanges, les oppositions et les discussions, s'amplifier au fil des étapes. D'une part le panel européen s'est approprié la délibération en choisissant les sujets qu'il voulait traiter. D'autre part la confiance des citoyens dans leur propre questionnement s'est affirmée au cours du processus. Le questionnement, la discussion, voire l'interpellation des "experts" ont bien fonctionné pour l'ensemble des neuf panels. Plusieurs des questions posées par le panel français aux intervenants telles que "le développement des neurosciences est-il un vecteur de normalisation des individus ? En quoi ? N'ouvre-t-il pas la porte à l'eugénisme ?", "l'hyperactivité est-elle une maladie ou appartient-t-elle à la diversité des comportements ?" ou encore "l'usage de plus en plus répandu des substances agissant sur le cerveau et le système nerveux n'est-il pas un vecteur de la normalisation des comportements ?" faisaient apparaître "certaines inquiétudes quant aux interprétations des concepts de normalité et de diversité". Les échanges et les débats, sur ce thème de la normalité et de la diversité comme sur les cinq autres thèmes, ont été riches au niveau national comme au niveau européen et ont rendu possible l'élaboration des recommandations européennes.
Intérêt des recommandations européennes
Elaborées après trois jours de discussions pas toujours faciles et compliquées par le problème des langues et de leur interprétation (les langues révèlent des structures de pensée) les recommandations expriment la prise en compte du bien commun.
Parmi les trente-sept recommandations citons :
- définir plus clairement quelles variations existent au sein de la "normalité" et d'indiquer ce qui doit être interprété comme "véritable" maladie pour éviter des traitements superflus et une médicalisation de la société,
- obtenir un consentement éclairé pour le recours à l'imagerie cérébrale en dehors d'un usage médical et l'interdiction d'utiliser les données de l'imagerie par la police, dans le cadre d'enquêtes judiciaires ou pour des raisons de sécurité publique,
- adapter la durée des brevets pharmaceutiques à la rentabilité d'une molécule pour encourager la mise au point de médicaments pour les maladies rares,
- mettre en œuvre des plans gouvernementaux, inscrits dans la durée, pour la prise en charge des maladies neuro-dégénératives,
- augmenter le financement de la recherche fondamentale sur le cerveau sain et sur le cerveau malade,
- mettre en garde contre l'utilisation de substances pharmaceutiques ou de techniques (comme les implants) pour améliorer les performances de l'homme.
Un souci commun s'est aussi dessiné de voir l'Europe tirer ses populations par le haut en matière de protection sociale et d'accès aux soins, pour le financement de la recherche ou pour un encadrement juridique des pratiques conforme à certaines valeurs partagées : dignité de la personne, respect du consentement éclairé, …
S'il est encore difficile dans certains pays d'intéresser les politiques aux recommandations des citoyens européens, ces derniers ont montré qu'ils sont prêts - ils en ont fait la preuve tout au long du projet Meeting of Minds - à saisir l'opportunité d'enrichir la démocratie représentative en prenant les choses scientifiques et politiques très au sérieux. Tous en ont gardé une idée plus concrète de l'Europe.
(1) Les pays impliqués sont l'Allemagne, la Belgique (communauté wallonne et flammande), le Danemark, la Grande Bretagne, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Italie, les Pays Bas. Les douze institutions sont les suivantes : la Fondation Roi Baudoin, l'Université de Westminster, l'Institut flammand pour l'évaluation des choix scientifiques et technologiques, le Conseil Danois pour la technologie, la Cité des sciences et de l'industrie, la Stifung Deutsche Hygiene Museum, la Fondation Idis-Citta della scienza, l'Institut Rathenau, le Science Museum-Dana Centre, l'Université de Debrecen, la Fondation Eugenides, l'Université de Liège.
* coordination du projet Meeting of Minds, pour le partenaire français La Cité des sciences et de l'industrie.
Expertises et savoirs alternatifs
Nanos : L'avenir a besoin de nous tous
Sacha Loeve*
Les nouvelles responsabilités auxquelles les chercheurs sont confrontés sont-elles des atteintes à leur liberté de chercher ? La question a été au coeur des discussions auxquelles se sont livrés les cinquante participants de l'école thématique sur l'éthique des recherches en nanosciences et nanotechnologies, organisée par le Comité d'éthique du CNRS, les 5, 6 et 7 mars derniers (1).
Cette initiative a réuni des chercheurs en Sciences Humaines et Sociales pour 1/3 (SHS), les autres participants étant des chercheurs en nano. Réfléchir sur l'éthique ensemble, c'était pour tout un chacun, partir de sa culture, de son histoire personnelle et de sa discipline, pour allez voir chez l'autre, écouter le discours de l'autre, ce qu'il dit de différent.
La philosophie de l'école a rappelé la liberté des chercheurs et la reconnaissance sociale de cette liberté (mission de création de nouveauté et d'exploration de l'inconnu), comme étant indissociable de l'engagement de leur responsabilité. Affirmer sa liberté de chercheur, engager sa responsabilité, même combat !
Pour les scientifiques présents, les "aspects éthiques des nanos" signifiaient des problèmes concrets comme l'exposition aux risques toxicologiques au laboratoire, la communication avec un public de plus un plus méfiant, des politiques de recherche de plus en plus orientées vers les applications, des prises de brevets très en amont, qui monopolisent le savoir au lieu de permettre son partage. Et ils aimeraient bien trouver des réponses éthiques à toutes ces questions !
Par contraste, les philosophes abordent l'éthique avec un certain nombre de distinctions conceptuelles qui permettent de poser des problèmes plutôt que de donner des réponses : l'éthique ne se réduit pas à l'évaluation ni à la gestion des risques (prudence), mais concerne les valeurs (le vivre-ensemble, la question des " bonnes " formes de vie et des significations partagées) ; "éthique des nanotechnologies" ne signifie pas " acceptabilité sociale des nanotechnologies " et les sciences humaines n'ont pas à être placées à l'interface entre science et public pour mieux faire " avaler la pilule " à la société qui n'avait rien demandé ; l'éthique des nanos ne s'applique pas spécialement à tel ou tel dispositif particulier, mais au monde associé à ces technologies. Par delà leurs finalités explicites, les technologies créent du sens : le sens ne se résume pas aux finalités déclarées bonnes ou mauvaises à un moment donné (les promoteurs trouvent toujours une bonne raison, les opposants en trouvent toujours une mauvaise) mais à la possibilité qu'offrent ces applications de construire du lien social (2).
Questionner n'est pas accuser
Or ce questionnement est souvent ressenti comme une mise en cause ou une dialobisation au nom des " valeurs ". Pourtant lorsqu'il est dit que "la science et la technique ne sont pas neutres", il ne s'agit pas d'une mise en accusation mais d'une reconnaissance de leur rôle dans la construction du monde commun.
La discussion se porte alors sur la question : de quels objets (actuels, potentiels ou futurs) parlons-nous ? Avec les nanotechnologies, la majorité des inquiétudes concernent des objets supposés à venir. Il est donc difficile d'appliquer le raisonnement de type bioéthique. Dans les cas du diagnostic pré-implantatoire ou l'euthanasie, on dispose d'usages déterminés et on peut analyser directement leur impact social ou éthique, proposer régulations et limites.
Quand les chercheurs identifient comme "impacts éthiques et sociaux des nanos" les risques toxicologiques et environnementaux, ils ne répondent pas à ce qui préoccupe le plus le public, c'est-à-dire à la question du monde que nous préparent les nanos. Il y a donc un malentendu quant à l'identification des attentes, que révèle bien le décalage entre le discours des philosophes et les problèmes concrets rencontrés par les scientifiques.
Afin de réduire ce décalage, deux écueils doivent être évités :
- la position du scientifique promu spécialiste et expert en tout alors qu'il ne l'est que de son domaine : si les chercheurs peuvent parler en experts de leur travail en laboratoire, c'est souvent en citoyens aussi qu'ils prennent en compte les enjeux de société posés par les nanotechnologies et la convergence. En répondant qu'ils ne savent pas quelles seront les conséquences ou les utilisations de leurs recherches dans quelques décennies, que leurs technologies sont génériques et pourront servir au meilleur comme au pire, ils craignent de donner une impression d'irresponsabilité. Or ce qui est demandé à la recherche n'est pas de prédire le futur mais de s'engager, même en situation d'incertitude.
- la dénégation de la valeur et du pouvoir d'universalisation de la culture technique et scientifique : pour répondre à ces questions les chercheurs doivent aussi partir de leur culture de laboratoire, qu'ils se doivent de diffuser sans présupposer qu'elle soit par principe inaccessible au public ou imperméable à la culture commune. Dire qu'il y a d'un côté le travail au laboratoire et de l'autre les valeurs provenant de l'éducation et de la tradition revient à dire qu'il n'y a pas de culture technique et scientifique, que la culture n'est que traditionnelle. Ce serait un échec du sens des valeurs et de la technologie. Il s'agit donc "d'oser penser sur le long terme, d'oser être philosophe" (Bernadette Bensaude-Vincent). Cette expérience - apprendre à connaître l'autre sans se renier, sortir des murs de sa discipline- les nanotechnologies la présupposent et l'esquissent depuis le début.
Attitude responsable
Le groupe s'est interrogé sur la notion d'"attitude responsable". Il a été dit que la responsabilité commence précisément là où la simple prévention n'est plus possible mais où l'attitude de précaution s'impose. Il s'agit de prendre des mesures quand on ne peut plus identifier, mesurer et prévoir le risque, ni savoir si les mesures que l'on prend seront efficaces. Dans ces situations d'incertitude face aux effets imprévisibles, la question n'est plus "quels sont les risques ?", mais "s'il y a des conséquences dommageables, qui prend la responsabilité de les assumer ?" (voir "L'esprit de responsabilité") . Cette question engage aussi bien la philosophie que le droit. Il a été dit notamment que celui-ci, à défaut de fournir des législations et des normes précises sur des usages qui n'existent pas encore, peut prendre les devants et fournir des principes régulateurs.
Les difficultés du débat avec le public ont été amplement abordées. Les citoyens découvrent les nanos par leurs applications, alors que celles-ci ne suffisent pas à décrire le champ (il y a très peu de rapport entre une crème de jour aux fullerènes C60, et les recherches fondamentales sur les propriétés de cette molécule). La difficulté ne vient-elle pas qu'en engageant le citoyen dans des dispositifs de démocratie participative, on l'identifie à une figure idéalisée du "simple citoyen", qui serait expert parce qu'il n'aurait pas les oeillères du scientifique spécialisé. Or si les rôles de chacun sont complémentaires ils gagneraient à être mieux explicités.
Une des propositions avancées à l'issue des débats a été de développer des espaces éthiques in situ, sur les lieux de recherche, comme le recommande le rapport du COMETS (3). Les centres de recherches ont besoin de lieux de discussion. La présence d'un sociologue ou d'un philosophe aide à catalyser et à expliciter des débats, qui souvent ont lieu de manière latente dans les laboratoires. Il est important d'insister sur la nécessité d'une intégration progressive des chercheurs en SHS dans les centres de compétence en nanotechnologies car pour l'instant ce type d'initiative reste officieux et ne dispose pas encore d'une reconnaissance financière et statutaire suffisante et adéquate.
Si les nanotechnologies sont une opportunité pour rassembler de multiples acteurs privés et publics et nombre de disciplines dans une vaste aventure de Recherche et développement à la fois applicative (4) et cognitive (5), elles sont corrélativement un laboratoire des pratiques sociales. Elles sont l'occasion cruciale de ré-interroger le sens de la R&D dans nos sociétés, tant sa signification que son orientation.
Est alors rendue d'autant plus nécessaire la tâche de déterminer, ce qui non seulement est de l'ordre du probable ou du possible, mais ce qui est, en terme de choix de société, désirable (Elie Faroult). A cet égard, l'attitude de responsabilité n'est pas une attitude frileuse mais un engagement à agir face à un avenir qui dépend de nous, mais dont les enjeux s'imposent à nous de manière manifeste, et nous attachent, dés maintenant, au futur.
(1) L'école s'est déroulée aux Houches près de Chamonix. C 'est en tant qu'animateur des ateliers, en compagnie de Silvia Visciano (juriste, doctorante), Stéphanie Lacour (juriste, Chargée de Recherche CNRS) et Xavier Guchet (philosophe, post-doc), que nous témoignons ici.
(2) Certains projets des NBIC semblent empêcher le processus social de construction de sens (alors même que la convergence se présente comme un projet social, voire anthropologique). C'est le cas des projets qui assimilent l'amélioration (psychique et physique) de l'humain à l'augmentation d'une fonction, selon une normalité qui plaque des critères objectifs quantitatifs et a priori sur des processus de construction de soi. C'est le cas aussi des projets qui assimilent la connaissance et la communication à un stockage et une transmission d'information entre des cerveaux et/ou des machines, sans prendre en compte le collectif humain comme condition de signification.
(3) Recommandation 4 de ce rapport.Voir www.cnrs.fr/fr/presentation/ethique/ethique.htm
(4) On demande aux chercheurs de justifier leurs projets quant aux applications, dans un contexte de demande économique et technologique des industries de la micro-électronique très forte. Un seuil est prévu vers 2012 : l'impossibilité de réduire en taille les dispositifs de stockage et de traitement de l'information par les mêmes procédés top-down, ne permettra plus de baser la croissance et le profit sur la réduction des coûts, comme c'est le cas depuis 30 ans, et demande une refonte des procédés génériques de fabrication de puces, microcontrôleurs, mémoires, etc.
(5) Il serait trompeur de croire que tout ce qui fait en laboratoire sous l'étiquette "nano" vise à être appliqué. La motivation de la plus grande majorité des chercheurs est cognitive, bien que la recherche soit intrinsèquement technologique, puisqu'il s'agit de connaître en faisant. Les applications ne concernent qu'une part minime des objets produits. Elles sont assez riches dans les matériaux. Les biopuces, issues des nanotechnologies et des biotechnologies, sont prêtes à déferler sur le marché de la santé. Elles posent de vrais problèmes de bioéthique liés aux pratiques et aux politiques médicales d'une médecine prédictive. Mais rien ne dit qu'une machine moléculaire ne puisse un jour sortir du laboratoire.
*doctorant en philosophie à l'université de Nanterre Paris X
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L'esprit de responsabilité
Quatre questions peuvent aider à définir la responsabilité : qu'est-ce que la responsabilité éthique ? quelle est son étendue ? Devant qui est-on responsable ? Qui est responsable ?
À chacune, on peut répondre :
- la responsabilité n'est pas la culpabilité qui désigne, le responsable comme coupable a priori, mais l'engagement, si un effet néfaste survient, de l'assumer a posteriori. Au sens étymologique, c'est le pouvoir de répondre.
- la responsabilité ne s'étend pas qu'aux conséquences calculables selon une évaluation coût/bénéfice, mais aux effets imprévisibles.
- On n'est pas seulement responsable devant les premières personnes exposées au laboratoire, ni devant les consommateurs seulement, mais aussi devant ceux qui peuvent subir indirectement un dommage. Un chercheur est responsable devant l'ensemble de la société, et pour les enjeux plus " abstraits " sur les représentations et les pratiques culturelles, sa tâche responsable est avant tout la réflexion et l'information.
- Le sujet de la responsabilité doit s'inspirer positivement du mode de production collectif de la connaissance scientifique aujourd'hui ; la recherche, la publication d'un résultat sont collectives et passent en même temps par une confiance d'individu à individu. Il faut donc permettre au sujet de l'éthique d'être collectif, sans pour autant dé-responsabiliser les individus. On peut par exemple concevoir qu'un chercheur ayant mis au point un dispositif générique (non conçu pour une application déterminée, comme c'est souvent le cas dans les nanos), aie son mot à dire sur les applications, sur ce qui se fait à travers lui. La responsabilité n'a pas qu'un sens négatif, elle désigne davantage un engagement actif qu'une attitude fautive.
S.L.
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Des histoires avec Minatec, Crolles 3… et Clin@tec
Dorothée Benoit Browaeys
Minatec 2, Crolles 3, Nanobio2… et Clin@tec… Tous ces projets en matière de nanotechnologies concernent l'avenir de Grenoble et de sa région mais les habitants n'en connaissent rien. "Nous entendons ces noms de code, mais n'avons aucune information sur leurs contenus, ni sur les engagements des collectivités en la matière" s'est exprimée une Grenobloise en novembre dernier lors du cycle de débats publics NanoViv. Le propos s'est d'ailleurs fait récurrent. À tel point que, VivAgora s'efforce ici d'ouvrir quelques pans de ces vastes dossiers.
Tout d'abord, nous disposons aujourd'hui d'éléments descriptifs sur l'histoire du projet Minatec sur la période 1999-2001. La thèse en science de gestion d'Aurélie Delemarle, soutenue le 6 février dernier, à l'École nationale des Ponts et Chaussées à Marne-La-Vallée, apporte des faits intéressants (1).
Devant un jury composé de Philippe Laredo (directeur de thèse, LATTS), Isabelle Huault (Paris Dauphine), Rodolphe Burand (HEC), Vincent Mangematin (économiste GAEL-INRA, Grenoble), et Pierre-Jean Benghozi (CNRS- Ecole Polytechnique), Aurélie Delemarle a montré comment un homme, Jean Therme, actuel directeur du Centre CEA de Grenoble, a joué "à la fois le rôle de visionnaire qui produit un discours et le diffuse, d'architecte qui ré-agence une réalité, et de manager, dans une mission d'entrepreneur institutionnel". Elle a décrit ses 102 présentations publiques entre 1999 et 2002, qui ont touché 955 personnes essentiellement les maires, collectivités locales, nationales et européennes. 191 représentants politiques ont ainsi assisté aux diverses présentations de Minatec. Des exposés à destination du grand public (presse, Club des ambassadeurs, Rotary club…) ont aussi été réalisés. Elle rappelle que le projet Minatec était avant tout un projet immobilier, sans programmes scientifiques précis (les trois plates-formes NanoBio, Nanotec300 et MiNaLogic ont été ajoutées) et sans précision sur la gouvernance des acteurs à l'intérieur du cadre.
Lors de la soutenance de thèse, Isabelle Huault, membre du jury, a regretté l'impasse faite sur la dimension sociale et la spécificité de Grenoble et s'est interrogée sur l'absence de critique sur les présentations PowerPoint qui, "sous une apparence de neutralité et de rationalité ont une charge idéologique à considérer. La forte stimulation visuelle des "diaporamas" a forcément joué un rôle de structuration sociale des acteurs que vous n'avez pas exploré. Le réseau utilisé, les liens entre les événements n'ont pas été décrypté pour y lire les stratégies et manières de faire", a-t-elle souligné.
Du côté de Vincent Mangematin, le commentaire s'est fait plus acerbe. "Minatec s'est imposé à partir de la création d'une institution virtuelle, vendue à l'extérieur comme si elle existait déjà, selon un processus de véritable industrialisation de la conviction. Cela a marché comme une usine de production de discours standardisé, réplicable donc dé-multipliable qui a été la force de l'entreprise". Rodolphe Burand a demandé "en quoi Minatec est devenue une institution et où étaient les chiens de garde ? Quels comptes-rendus des présentations ont été faits ? et pourquoi les questions de hiérarchie ont été reportées le plus possible?"
Thèse et anti-thèse
Sur la demande de VivAgora, Aurélie Delemarle nous a transmis un premier texte en novembre 2006. Mais la publication de ce document n'a pas été autorisée. Nous avons attendu le 8 mars pour disposer d'une nouvelle mouture que nous publions dans l'espace Nanomonde de la revue www.vivantinfo.com.
Ce texte final n'a plus rien à voir avec le document initial proposé en novembre 2006. Alors qu'Aurélie Delemarle introduisait son premier document sur les questions qui nous occupent (Quelle a été la place des populations dans la mise en place du projet Minatec? Ont-elles été consultées? Sont-elles informées? Ont-elles un pouvoir de pression sur le projet?) la version expurgée consiste en une démonstration du "caractère à la fois nécessaire mais surtout quasi "participatif" du montage du projet Minatec"!
Lisons plutôt quelques extraits :
"La question du financement d'investissements de recherche majeurs se pose désormais dans de nouveaux termes (…) Pour les promoteurs de tels projets la question de la consultation des audiences à mobiliser se pose de façon différente puisque les financements ne sont plus uniquement pourvus par les instances nationales mais pour une large part par les collectivités locales et territoriales. Si aujourd'hui la notion de débat public et de l'implication des citoyens dans les choix scientifiques et technologiques se fait plus prégnante, elle ne constitue pas le seul moyen de consultation des citoyens. L'exemple qui est ici développé illustre le processus de mobilisation d'acteurs dans le cadre du financement initial de Minatec (1999- 2002) pôle d'innovation en micro et nanotechnologies : si la population grenobloise n'a pas été impliquée directement dans le choix d'installation de Minatec, celle-ci a néanmoins pu s'exprimer au travers de la représentation démocratique au sein des collectivités locales et territoriales".
Le texte présente Minatec comme une nécessité, un "triple besoin" - des acteurs de la recherche et de l'enseignement, de la valorisation industrielle et de la municipalité grenobloise - et issu d'une "co-construction au travers de la mobilisation d'audiences à tous les niveaux institutionnels et géographiques".
Et il s'achève ainsi : "Le projet Minatec est exemplaire d'une forme particulière de consultation citoyenne au travers des représentants élus dans le choix d'investissements scientifiques et technologiques. Celle-ci s'est effectuée de façon indirecte, mais de façon très large incluant un très grand nombre d'acteurs locaux et régionaux : maires de villes environnantes, conseillers municipaux, généraux et régionaux ; elle s'est soldée par des votes à l'unanimité en faveur du financement de Minatec. La société a ainsi été amenée, par ce processus, à s'exprimer, même si il existe aujourd'hui des formes de contestation citoyenne/populaire".
Les défis de Crolles 3 et de Clin@tec
Cette vision très positive d'une "consultation à l'ancienne" c'est-à-dire limitant le pilotage de projet aux outils de la démocratie représentative, peut sembler surprenante, dans le contexte local tendu et dans la dynamique actuelle européenne d'une gouvernance intégrative visant à associer les populations aux projets techniques.
Elle augure mal d'une inflexion des procédures pour les projets à venir.
Or, il est clair que les collectivités grenobloises vont être soumises à des défis considérables.
- Avec Crolles 3 qui vacille après les départs successifs de NXP et de Freescale alors même que les pouvoirs publics ont donné 543 millions d'euros de subventions pour l'Alliance !
- Avec Minatec 2, projet de 48,7 millions d'euros avec son volet phare, Clin@tec qui vise à mettre au point et tester sur des animaux puis sur des malades, des microsystèmes cérébraux implantés.
De nouveaux systèmes d'électrostimulation du cerveau et du système nerveux central associés à l'enregistrement pour le traitement de la maladie de Parkinson mais aussi pour l'épilepsie, les TOCs, seront développés ainsi que de nouvelles stratégies d'électrostimulation. Par ailleurs seront mis au point des neuroprothèses et implants pour des suppléances sensorielle (visuelle, auditive..) mais aussi fonctionnelle avec des interfaces cerveau-électronique (BCI) pour des handicapés ou paralysés. La seule construction du batiment d'accueil de Clin@tec devrait coûter 20 millions d'euros.
La logique de recherche est d'intégrer au sein de Minatec des équipes de physiciens, d'électroniciens et d'experts en micro technologies, avec les biologistes et les cliniciens et de disposer des plateformes médicales permettant de réaliser les tests préliminaires sur l'homme.
Mais cette logique peut-elle justifier que le CEA accueille des malades sur un Polygone à dimension militaire ? Pourquoi les directions des hôpitaux ou des universités médicales ne sont-elles pas maîtres d'œuvre d'une telle entreprise ?
Interrogé sur l'information et la mise en débats publics du projet Clin@tec Jean Therme est formel : "on ne peut rendre public un tel projet pour des questions de concurrence. Déjà les Pays-Bas sont en train de développer un concept similaire en lien comme nous, avec le Pr Benabid". Pour François Berger (Inserm, Hopital Michallon, Comité d'éthique de Nano2Life) qui travaille dans l'équipe du Pr Benabid, "ces centres techniques de traitements existent déjà à l'étranger comme à Tûbingen (Allemagne) ou aux Etats-Unis. Si l'on veut mettre de nanoparticules dans le cerveau ou des nanoimplants, il faudra disposer d'outils exploratoires pour s'assurer de l'absence de toxicité".
Une conférence de presse est prévue en juin pour présenter Clin@tec. Est-ce vraiment la meilleure manière de favoriser la réflexion collective et la responsabilisation des acteurs?
(1) http://latts.cnrs.fr/site/p_lattsperso.php?Id=350
Le texte intégral de la thèse d'Aurélie Delemarle sera disponible sur le site pastel-
http://pastel.paristech.org/bib/
Contrepouvoirs et projets collectifs
De la nécessité de l'ironie ordinaire
La parodie, les fausses annonces, le rire… sont des formes de critique qui permettent au public de prendre ses distances avec la participation. Rémi Barbier (sociologue, École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg UMR- ENGEES en gestion des services publics) s'intéresse aux raisons qui, face au débat public, poussent à la méfiance, à l'ironie voire au cynisme. Et de les prendre au sérieux.
Selon son analyse, explicitée dans un article novateur paru en 2005 (1), et présentéé le 2 mars dernier dans le cadre du séminaire EHESS (2), on peut distinguer 4 états d'investissement dans la chose publique : coopération, délégation, apathie ou opposition. Les basculements d'un état à un autre se font selon deux axes : celui de la déception (attentes déçues) et celui des dispositions personnelles qui détermine des approches plus ou moins soupçonneuses, passant du "loyalisme" à l'ironie durable (qui marque une distance vis-à-vis du savoir, ou de l'autre ou de la vie en général, selon Guérineau dans le Grand dictionnaire de la philosophie. Il s'agit alors d'une posture d'opposition systématique au pouvoir des sciences et des scientifiques dans une décision de ne plus vouloir "s'en laisser compter, se laisser impressioner" selon l'expression d'Isabelle Stengers (3)
Pour Rémi Barbier, le basculement dans l'ironie procède d'un désenchantement et d'une lucidité. Il concerne ceux qui voient le jeu des politiques scientifiques comme un théatre avec à l'avant-scène la comédie démocratique (et pas extension celle de la participation) avec à l'arrière scène, le lieu où se prend les " vraies décisions " avec d'autres acteurs et pour de tout autres raisons.
L'ironie résulte alors d'une nécessité dans un contexte miné où les marges de manœuvres sont nulles. La représentation des sciences est telle dans l'opinion que le public en attend des certitudes, des garanties. La figure de l'expert renforce cette vision. Dès lors il y a déception quand surgit le constat : "on ne sait pas". Car les attentes légitimes des non-scientifiques sur les scientifiques ne sont pas comblées.
"À chaque régime de science il faut associer la figure de l'opinion" estime Bernadette Bensaude Vincent, citée par Rémi Barbier. Or le régime des sciences actuel repose sur 3 entités : l'expert et le savant censés apporter des certitudes (voir modèle explicité dans l'article de Yorghos Remvikos) tandis que l'individu loyal vulgarisé (après un siècle et demi de " publicisation "), dépourvu d'esprit critique, doit vénérer l'autorité scientifique. Dans ce contexte, il n'y a pas d'autres alternatives que recevoir (gober ?) ou rejeter. Selon le sociologue Philippe Roqueplo (4) "Tout en naturalisant la vérité scientifique au sein de la culture, la vulgarisation renvoie en même temps cette vérité 'naturelle' vers quelques lieux sources inatteignables, incontrôlables, d'où la vérité se répand pour n'être assimilée que dans une croyance reposant finalement sur la confiance en ces demi-dieux que sont les savants par qui 'la vérité vient au monde'"
Pour sortir de ce piège, l'ironie permet un renversement entre déférence et scepticisme. Elle signifie une rupture dans le pacte de confiance entre la société et la science. Elle possède une certaine robustesse dès lors qu'elle développe l'argument que "les connaissances scientifiques sont des instruments qui servent les intérêts des acteurs"(5) ou la thèse de la "compromission" structurelle des scientifiques avec les intérêts dominants vigoureusement exposée par Ulrich Beck (6).
Remi Barbier tente de tracer la " voie étroite entre déférence à l'ancienne et ironie paralysante ". Il importe de réhabiliter le conflit et le désaccord, mais sur des bases nouvelles et sans se tromper de cible, estime-t-il. Une exigence centrale doit être d'évaluer les critères de légitimité ou de vérité qui conviennent d'une part à la participation, d'autre part aux sciences. Car il y a des limites à la validité des concepts ! La contingence devient ainsi le maître-mot puisque très souvent "la question posée relève d'une situation qui ne permet pas les définitions qu'autorise le laboratoire" (3). Inviter les groupes concernés de façon précoce et éviter tout "passage en force" sont des préalables pour toute expérience dialogique.
Ainsi, dans un espace où les places ont été réaffectées, pourrait se déployer ce qu'Isabelle Stengers appelle l'humour de la vérité… avec la possibilité d'une perplexité partagée. Il ne s'agit plus de dire : "nous n'avons rien à nous apprendre", mais plutôt "nous avons des choses à nous dire, nous sommes susceptibles de nous intéresser mutuellement".
(1) "Quand le public prend ses distances avec la participation, Topiques de l'ironie ordinaire", N°13 de Nature-Sciences & société. Pour l'obtenir écrire à vivagora@vivagora.org.
(2) Le séminaire Sociologie des controverses et des débats publics (saison 2006-2007) est porté par Francis Chateauraynaud (EHESS) Jean Michel Fourniau Directeur de recherche au DEST
INRETS (fourniau@inrets.fr)
(3) 100 mots pour commencer à penser les sciences, Par I. Stengers et B. Bensaude Vincent paru aux Empécheurs de penser en rond, (2003).
(4) Le partage du savoir : science, culture, vulgarisation, Paris, Le Seuil.
(5) Sociologie des sciences, Paris, Armand Colin, 1995.
(6) La société du risque, Paris Aubier, 2001.
OGM le déni de démocratie
C'est par décret que le gouvernement français a procédé à transposition de la directive européenne 2001/18/CE (du 12 mars 2001) relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l'environnement. Menacée d'amendes et régulièrement rappelée à l'ordre par la commission européenne, la France devait faire vite : le gouvernement a d'abord choisi de faire examiner le projet de loi selon une procédure d'urgence ne prévoyant qu'une lecture par chambre (Sénat puis Assemblée nationale). Mais finalement, même adopté en première lecture le 26 mars 2006 par le Sénat, le texte n'est pas allé à l'Assemblée Nationale.
Cette procédure autoritaire ne peut qu'attiser et légitimer des tensions déjà fortes. D'autant que le texte français ne retient pas l'exigence des études sur la santé, la publicité des lieux de cultures et la consultation du public. Il fait ainsi fi de la directive européenne et de la jurisprudence récente du Conseil d'Etat.
Corinne Lepage, présidente de Cap 21 a exprimé son désaveu : "les parlementaires se retrouvent privés d'un débat qui relève de leur compétence et de leur responsabilité au regard des enjeux que posent à la société française l'expérimentation, la commercialisation et la dissémination des OGM".
Fin mars, étaient données 13 nouvelles autorisations d'essais OGM en plein champs
Dans le domaine de la responsabilité environnementale, on assiste à des passages en force similaires. Le 11 avril, un projet de loi de transposition en droit français de la Directive européenne 2004/35 sur la "Responsabilité environnementale". a été présenté en conseil des ministres.Ce dernier ne renforce pas le principe pollueur payeur ni le régime de réparation du dommage écologique. Malgré quelques améliorations imposées par le Conseil d'Etat, il comprend des dispositions permettant de limiter la responsabilité des exploitants.Enfin, il ne permet pas de manière claire de remonter à l'actionnaire principal en cas d'insolvabilité du pollueur.
Pourtant, la Directive - qui doit être transposée avant le 30 avril 2007 - vise à mettre en place un système de responsabilité objective sans faute, en obligeant par exemple les opérateurs d'activités à risque à constituer des garanties financières et à remettre les sites pollués en état. Ce texte fondamental, qui a fait l'objet de plus de dix ans de discussions au niveau de l'Union européenne, s'applique à des domaines aussi divers que le traitement des déchets ou les disséminations d'OGM.
Un médicament antipaludisme enfin accessible
Jean-Jacques Perrier*
En Afrique, un enfant de moins de cinq ans meurt du paludisme toutes les trente secondes, faute de médicaments à prix accessible. Pour contrer cette catastrophe humanitaire, la fondation Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDi, Initiative médicaments en faveur des maladies négligées) et la firme pharmaceutique sanofi-aventis ont lancé le 1er mars dernier un nouveau médicament antipaludique, l'ASAQ. Il est destiné à être diffusé d'ici la fin 2007 en Afrique sub-saharienne, puis au-delà, à un prix défiant toute concurrence : environ 1$ le traitement, la moitié pour un enfant de moins de cinq ans.
ASAQ n'a pas été breveté. Fabriqué au Maroc, il sera disponible à prix " sans profit ni perte " sur les marchés publics, c'est-à-dire pour les organisations publiques des pays endémiques, les institutions internationales, les ONG et dans les pharmacies ayant adhéré au programme d'accès aux antipaludiques de sanofi-aventis. Il sera vendu par ailleurs dans les officines sous le nom de Coarsucam à un prix adapté aux marchés locaux.
L'ASAQ est l'une des quatre associations à base d'artémisinine (substance extraite de l'armoise amère, Artemisia annua) qui ont été recommandées par l'Organisation mondiale de la santé pour réduire le développement de résistances aux médicaments de l'agent du paludisme, le plasmodium. Il s'agit d'une combinaison à doses fixes de deux produits déjà sur le marché, l'artésunate (AS, dérivé synthétique de l'artémisinine) et l'amodiaquine (AQ, dérivé de la famille de la quinine). Cette formulation est destinée à éviter que les patients ne prennent que l'un des deux composants actifs. Elle permet de limiter le traitement pour un adulte à une prise de deux comprimés pendant trois jours, au lieu de huit comprimés par jour actuellement. Pour les enfants, la posologie est aussi simplifiée : un comprimé pendant trois jours.
L'ASAQ est la résultante du projet FACT (Fixed-Dose Artesunate Combination Therapy) né en 2002 sous l'égide de Médecins Sans Frontières. Ce projet, qui a rassemblé plusieurs partenaires universitaires et industriels, a été financé jusqu'en 2009 à hauteur de 6,4 M€ par des donateurs publics et privés, dont l'Agence française de développement (12 %). Un groupe d'experts, le FACT Implementation Advisory Group, est chargé de suivre la phase de mise à disposition de l'ASAQ et de donner un avis sur son utilisation et sa facilité d'accès.
Pour en savoir plus
http://www.actwithasaq.org/fr/asaq1.htm
http://www.dndi.org/
*Co-fondateur de VivAgora
Tribune libre
La communion des saints
Bernadette Bensaude-Vincent*
Quatorze cahiers d'acteurs sur les nanotechnologies! La rencontre des 19 et 20 mars à la Cité des sciences et de l'industrie, destinée à faire le point sur les débats révèle l'ampleur de la mobilisation. La "déferlante" des nano a touché la société française relativement tard par rapport aux pays voisins, mais elle atteint une amplitude impressionnante. Les débats vont bon train, à Paris, comme en province, tout le monde y va de son avis. La France expérimente la démocratie participative…
Comment ces nanotrucs ont-ils acquis le pouvoir de faire jaillir des "gros mots" comme responsabilité, éthique et gouvernance? C'est une énigme que les historiens futurs auront à démêler. Mais pour l'instant on peut s'inquiéter de ce que chacun des acteurs met sous ces mots. Car les débats peuvent tourner à la grand-messe où l'on communie sans s'écouter ni se comprendre.
Certes, un grand mérite, à mes yeux, des nanotechnologies est d'avoir conduit à poser en termes concrets la vieille question un peu oiseuse : la science est-elle responsable ? Les nanotechnologies sont portées par tant de promesses et de scénarios catastrophes qu'il est impossible de se contenter de la réponse convenue : la science est neutre, indépendante des applications qu'on en fait, innocente. L'inventeur du polonium est-il responsable du fait que des méchants s'en emparent pour éliminer des ennemis ? La question de la responsabilité ne prend sens que quand on la traduit en termes techniques : "qui est contraint de répondre de quoi?", et "qui paiera si cela tourne mal?".
Mais l'éthique reste un domaine flou qu'on invoque souvent comme un garde-fou. Pour beaucoup de scientifiques et d'industriels, il s'agit d'une sorte de 'code de bonne conduite' qu'il faut suivre scrupuleusement pour se protéger et s'éviter des ennuis. L'éthique est ainsi assimilée à la gestion des risques, au respect des consignes de prévention, au mieux à une attitude de précaution face aux incertitudes. Au-delà de cette attitude de prudence, combien envisagent la question : comment "bien vivre?", développer un monde commun, où la vie soit non seulement possible mais bonne. Oser penser sur le long terme, et agir pour demain, même en méconnaissance de causes?
La gouvernance est à la mode et justifie bien souvent l'association des sciences humaines aux projets de recherche sur les nanotechnologies. Mais ce terme répond facilement à un simple souci d'acceptabilité des sciences ou des techniques par le public. C'est un piège dans lequel les citoyens n'ont pas intérêt à tomber car il entretient l'idée que le problème est au niveau de la perception des risques, et que la solution passe par une "éducation du profane" ou une bonne campagne de marketing pour changer d'image. La gouvernance se réduit alors à une gestion de l'opinion et conduit au mieux à un compromis entre intérêts des différentes parties, entre compétitivité et réglementations, à du "politiquement correct". Bref on s'installe dans le schéma classique où l'opinion est une résistance passive, que l'on craint et que l'on cherche à manipuler ou à rééduquer.
En revanche, si l'on admet que les techniques (comme les sciences) sont créatrices non seulement de valeurs économiques, financières mais aussi de valeurs morales et culturelles alors le problème de l'éthique et de la gouvernance, se pose nécessairement en termes de conflit des valeurs. Pratiquement la question se résout bien souvent par recours à des normes ou réglementations. Et il est tentant pour les scientifiques de définir eux-mêmes les normes de leur comportement, de s'auto-réguler pour garder un minimum de liberté tout en assumant leurs responsabilités. Mais cet idéal d'auto-gouvernance est une contradiction dans les termes.
Faut-il rappeler que la gouvernance implique un droit de regard sur les organismes par ceux qui les ont missionnés? Quand les chercheurs se considèreront-ils comme missionnés par la société civile pour poursuivre leurs recherches?
*Philosophe et historienne des Sciences, professeur à l'Université Paris X, vice-présidente de VivAgora
VVivAgora in ViVo
Six propositions aux candidats
Objectifs : partager et réaffecter les projets technologiques
L'association VivAgora s'emploie depuis 4 ans à développer une pratique de démocratie technique. Elle demande aux candidats à la présidence de la République, de mettre en œuvre les six propositions suivantes :
Les choix technologiques façonnent nos modes de vie (agriculture, alimentaire, alimentation, transport, énergie) de communication, de surveillance Ils influencent nos rapports économiques et géopolitiques.
Or les modes de décision actuels mobilisent peu les avis de la société et restent largement aux mains d'un réseau politico-scientifique souvent perméable aux lobbies industriels.
De plus, ces décisions intervenant sur des questions complexes, comportant des incertitudes manifestes et parfois irréductibles, débordent le cadre habituel des expertises scientifiques et techniques.
Pour accroître notre discernement en matière de choix technologiques, il est donc indispensable de :
- recourir à des évaluations pluralistes, en associant les citoyens issus des associations les plus diverses à l'élaboration des scénarios pour l'avenir.
- valoriser les analyses philosophiques, historiques, juridiques et sociétales issues du milieu académique.
Nos propositions visent à :
- permettre des décisions socialement partagées donc robustes (c'est-à-dire assumées collectivement)
- enrichir la démocratie représentative par les débats avec la société civile
- organiser une " écologie de la politique " qui - de même qu'un écosystème évolue par l'interaction permanente de ses différents organes ou niveaux - se nourrit de la communication entre les acteurs.
Pour atteindre ce cap nous proposons six actions aux acteurs politiques :
1 - Promouvoir une évaluation intégrée des projets.
Les dimensions locales, sociales et environnementales sont à prendre en compte, non pas d'un point de vue général et abstrait mais concrètement dans un dialogue avec les acteurs concernés. L'expertise ne peut se cantonner aux savoirs techniques (qui contiennent des incertitudes et des représentations spécifiques) : elle doit s'étendre aux porteurs d'enjeux et compléter les traditionnels business plans par des social plans ou des plans environnementaux.
2 - Mettre en valeur les regards et expériences des populations
La critique sociale est en mesure de mettre en contexte les savoirs techniques, de les féconder avec d'autres modes d'appréciation, historiques, sociaux, culturels ou émotionnels. Pour lui donner du poids et de la consistance il est nécessaire d'aider à sa structuration, son élaboration et sa manifestation, en s'appuyant sur des groupes sociaux divers (syndicats, fondations, associations…) capables de s'investir dans la production d'expertises.
3 - Éviter l'instrumentalisation des experts scientifiques
Le savoir scientifique ayant sa spécificité, il ne peut légitimement servir à cautionner une politique Les organes politiques (comme l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques) pourraient créer un conseil social à côté de leur conseil scientifique pour mettre en action les expertlses de la société civile.
4 - Impliquer les sciences sociales et humaines pour réfléchir aux enjeux, aux usages et finalités des recherches
Les sciences humaines disposent de méthodes et d'outils pour explorer les impacts humains et sociaux, les représentations, les projections, les discours et promesses.
Leur rôle est majeur pour faciliter et approfondir la discussion publique.
5 - Construire collectivement des scénarios acceptables
Nous avons besoin de " réflexivité " pour mûrir les projets technologiques. Ces derniers doivent donc être exposés publiquement (information), discutés selon des approches pluralistes (débats), et mis en balance avec des scénarios alternatifs.
Pour ce faire, les parties prenantes ne doivent pas être juxtaposées mais associées pour composer une identité collective vivante. Cela passe par quatre étapes : rassembler les personnes, caractériser leurs points de vue ou avis (production de savoirs), reconnaître la diversité, élaborer un compromis acceptable (gagnant-gagnant).
Cet exercice requiert méthode et durée. Il doit se situer au cœur du processus décisionnel.
6 - Instaurer une gouvernance par la confiance
Pour harmoniser les projets avec leur contexte social, économique et culturel, les pouvoirs publics peuvent favoriser l'implication de porteurs d'intérêts dès leur conception. Cette participation est susceptible de remplacer les logiques d'opposition par des logiques de coopération et de confiance.
La tyrannie du "prêt à penser"
Dorothée Benoit Browaeys
"Braves gens suivez-nous, refusons les OGM, les nanotechnologies, les phytosanitaires et les médocs… qui nous empoisonnent". Ainsi claironnent les pourfendeurs des nouvelles technologies, profitant du ras-le-bol de citoyens fatigués des pollutions, des dénis qui ont permis les intoxications par l'amiante ou le sang contaminé, des surveillances électroniques et autres aliénations techniques dénoncées en d'autres temps par Hannah Arendt ou Jacques Ellul.
Pas de tergiversations, s'il vous plaît : pas question de trier pour profiter d'usages utiles, vitaux même. Pas question d'admettre que des nanomembranes ou des nanotubes de carbone puissent offrir des solutions bénéfiques pour filtrer l'eau ou exploiter l'énergie solaire, que des nanovecteurs puissent transporter jusqu'à leurs cibles des médicaments anticancéreux.
Une telle posture plait car elle donne l'illusion de se démarquer du système démocratique véritablement en panne, embourbé dans de toutes sortes de collusions. Le bouc émissaire, c'est la technique. C'est elle "l'ennemi numéro 1" Pas question de débattre : "Les nanos sont l'ennemi du peuple ! Dormez tranquilles, on pense pour vous" !
Le problème c'est que ces détracteurs se trompent de cible ! Ces "contestataires anti-tout" tirent à boulets rouges sur le wagon du jour - les nanotechnologies - sans saisir que c'est la locomotive, son moteur et la direction imposée ( et non choisie collectivement), qui sont à réparer ou à réviser. Au lieu de considérer l'usage comme le lieu de toutes les vigilances et où doivent s'opérer les choix collectifs, ils s'attaquent à la technique par définition "ambivalente". Au lieu d'invoquer notre capacité à trier, ils dénigrent la discussion publique, anticipant sur la parole des acteurs, distribuant des "labels" en bon élève du "Ministère de la Vérité".
Ces "redresseurs de torts" sont inconséquents, aveugles même pour ne pas voir qu'ils adoptent les mêmes pratiques d'exclusion que les pouvoirs qu'ils dénoncent, qu'ils entretiennent le manège de la domination, et empêchent ainsi toute évolution en profondeur des postures de chacun. Ils refusent le dialogue tout en le raflant pour le monopoliser, dans une ambivalence qui s'est exhibée à Die dans la Drôme, le 23 janvier dernier, lors d'un débat ouvert organisé par le groupe "Écologie au quotidien".
Ce prêt à penser répond à un autre "dogmatisme" pas plus acceptable : celui du dédain qu'affichent un certain nombre de responsables politiques et académiques devant l'idée de débat participatif. Dans les deux cas, on fait mine de croire que la mise en débat n'est jamais qu'une grossière opération de marketing au bénéfice de l'organisateur. Les spécialistes des débats participatifs, comme Marion Gret et Yves Sintomer, ont montré l'inanité de ces caricatures (Voir le dernier livre présenté dans la rubrique ???
Dans l'urgence qui est la nôtre, face au désastre écologique mondial, à la financiarisation qui pille les ressources comme les désirs, comment peut-on ne pas aller à l'essentiel ? Comment ne pas s'atteler collectivement à freiner les excès de la compétition, à assouplir les rouages de notre technocratie, à permettre une implication des populations locales ou concernées ? Mais qu'est-ce qu'un processus collectif si d'emblée il ignore les acteurs qui détiennent le pouvoir, sous prétexte qu'on ne dialogue pas avec l'ennemi ?
Refuser le débat public et les confrontations c'est mépriser l'autre. C'est rester dans un système clos où l'on croit seul avoir raison. VivAgora s'oppose fermement à cette vision politique, impérialiste et stérile.. Elle considère la réalité comme construite par des approches multiples, s'enrichissant pour permettre une co-construction des acteurs divers. Elle refuse tout dogmatisme à propos du bien public, reprenant à son compte la formulation du philosophe Paul Ricoeur : "Une démocratie n'est pas un régime politique sans conflit, mais un régime dans lequel les conflits sont ouverts et en outre négociables (...) Sous ce régime, le conflit n'est pas un accident ou un malheur ; il est l'expression du caractère non décidable de façon scientifique ou dogmatique du bien public (...) La discussion politique est sans conclusion, bien qu'elle ne soit pas sans décision". (Paul Ricoeur - 1991, Postface au Temps de la responsabilité, Lectures 1, Autour du politique. Seuil, Paris Essais).
En ce sens, VivAgora ne peut qu'être modeste. Elle choisit l'ouverture, le pragmatisme, le respect et le lien entre les personnes comme fondation du collectif. Mais son ambition est immense : permettre de "ré-affecter" les projets techniques, c'est-à-dire de les replacer dans des espaces de désir, de subjectivité, de cohérence avec nos milieux.
VivAgoVeille désormais accessible en anglais
Les deux premières lettres de VivAgoVeille sont désormais accessibles en anglais.
Pour y accéder...
On en parle
* Mathieu Vidard reçoit François Berger dans son émission La tête au Carré du 25 avril sur France Inter, en partenariat avec VIVAGORA et son cycle Cerveau et Santé mentale
* La revue Cosmopolitiques a publié dans son numéro n°14 de février 2007 intitulé " Comment rendre la santé publique ? un article de Dorothée Benoit Browaeys, déléguée générale de VIVAGORA sur le thème " Alertes, expertises et jeux de pouvoirs : quelle place pour le citoyen pour hiérarchiser les priorités sanitaires ?
Pour en savoir plus s'adresser à Cosmopolitiques, 50 rue du Faubourg du temple, 75011 PARIS
* Journée publique d'information et de formation : "NBIC pour les TIC" Nano-Bio-Information -Sciences cognitives, Un regard sur l'avenir pour les acteurs du numérique, le 25 avril 2007, de 9h30 à 17h30, organisé par la Fondation internet nouvelle génération (FING), en partenariat avec l'Université Paris V, l'Institut supérieur d'électronique de Paris (ISEP) et de l'École de biologie industrielle (EBI) FING.
Intervention de Dorothée Benoit Browaeys, déléguée générale de VivAgora pour présenter "Les différentes démarches de débat public autour des nanotechnologies".
www.fing.org/nbicpourtic/
* Ecole, culture et actualités des sciences et des techniques,
XXVIIIemes journées internationales sur la communication, l'éducation et la culture scientifiques, techniques et industrielles. Chamonix 24, 28 avril 2007.
"Le débat public comme nouveau type de média", par Marina Julienne, membre de VivAgora et rédactrice en chef de la Banque des savoirs de l'Essonne.
* Foire Écobio d'Alsace, du 17 au 21 mai à Colmar.
Table ronde le jaudi 17 mai à 15h : Les nanotechnologies : mégaprofits et asservissements ? avec Jacques Testart, Patrice Bouveret, Claudia Neubauer et Dorothée Benoit Browaeys.
Et Conférence le vendredi 18 mai à 13h : "Les nanotechnologies sont-elles contrôlables ?" par Dorothée Benoit Browaeys.
* Usages de la sciences : À quand un vrai débat public ? par Dorothée Benoit Browaeys,
Un dossier en 5 parties publié le 5 février dernier en ligne sur le site de la Banque des savoirs de l'Essonne et disponible à l'adresse : http://savoirs.essonne.fr/index.php?id=558&print=166
Sont abordées
- La France peu armée pour le débat public
- Trop de consultations restées lettre morte
- Déchets nucléaires : quel fut l'impact du débat public?
- Nanotechnologies, les limites d'une conférence de citoyens
- Les processus participatifs en Europe.
* Cerveau et santé mentale : une cause politique ?
dans l'espace Débats du site de la Banque des savoirs de l'Essonne,
partenaire du cycle 2007 de VivAgora.
Des videos en ligne présentent chacun des 6 debats publics à l'adresse savoirs.essonne.fr/sections/debats/
A lire à voir...
Democratie
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* Le pouvoir au peuple - La peur de la démocratie, Jurys citoyens et contrôle populaire,
par Yves Sintomer, directeur adjoint du Centre Marc Bloch (Berlin) professeur de sociologie de l'Université Paris 8.
Dans un livre lucide et sobre, Yves Sintomer questionne "Qui donc aurait à perdre si les citoyens pesaient réellement dans les prises de décision, si les Élus devaient rendre des comptes devant des publics bien informés ?". Il considère que "la tendance participative ne progressera qualitativement qu'en lien avec des transformations complexes des rapports de pouvoir (… Elle ne s'imposera, selon lui, qu'en fonction de la convergence , en partie contingente, d'acteurs hétérogènes et poursuivant des buts différents".
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* Quelle démocratie voulons-nous, Pièces pour un débat
sous la direction d'Alain Caillé - La Découverte- collection Sur le vif.
Un petit livre à plusieurs mains, bienvenu pour retrouver la présentation lumineuse et pragmatique de Patrick Viveret sur la "Qualité démocratique et la construction des désaccords".
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* Livre blanc de Sopinspace sur le débat public
Une analyse historique et contextualisée des diverses formes de participation publique et de leur pertinence. Disponible sur www.co-ment.net/text.xhtml?tid=10
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* Du bon usage des experts. Article disponible sur AgoraVox
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* Le 5eme pouvoir, ou Comment internet bouscule la politique, par Thierry Crouzet
Où l'on trouve tout depuis la République des blogs jusqu'au buzz marketing selon un récit très chronologique, le "nez dans le guidon".
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* Derrière les élections, quelle démocratie
Crise de la démocratie? Perte de confiance des électeurs ? Désillusion face à une parole politique qui, en se réfugiant sans cesse derrière " les contraintes de la mondialisation ", ou le dogme d'une réalité, ne laisse place à aucun ailleurs?
La trentaine d'articles du dernier numéro de Manière de voir (édité par Le Monde Diplomatique ) explore cette crise de confiance en Occident pour mettre à jour ses rouages et les acteurs qui la façonnent et l'attisent. Il en cerne les menaces pour notre liberté, et propose quelques chantiers pour répondre à l'aphasie démocratique actuelle. Si des forces paralysent aujourd'hui l'expression et le pouvoir citoyens, peut-être est-il temps de le reconstruire, voir le réinventer, et de donner une chance à la démocratie de ressurgir sous des formes et en des lieux encore inexplorés ?
Manière de Voir n°92, avril-mars 2007 : " Derrière les élections, quelle démocratie "- en kiosque 7 €
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* Le Diplôme d'Université "Ethique et Action Publique" dispensé par la Faculté de Droit et Sciences Politiques de Nantes, a pour objectif le développement de la conscience éthique dans la gestion de l'action publique. Cette formation s'adresse avant tout aux acteurs publics, qu'ils exercent un mandat politique ou des fonctions administratives, ainsi que tous les opérateurs privés et parapublics.
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* Lancement d'un réseau citoyen pour la consommation durable - par le mouvement Vraiment durable (http://www.vraiment-durable.org en coordination avec le Comité 21 et l'Institut LH2).
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* De la démocratie participative, fondements et limites, édition Mille et une nuits,
Textes des conférences de Marc Crépon et de Bernard Stiegler tenues à la Colline en janvier dans le cadre des activités d'Ars Industrialis. 10 euros.
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Europe
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* Rapport "Prendre sérieusement la question de l'Europe des savoirs" par Bryan Wynne. Une étude riche et une vision décapante d'une gouvernance inclusive.
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* "Policy on Open Acces" Rapport 06.049 de l'European Research Advisory Board (EURAB) sur l'accès aux publications scientifiques publié en décembre 2006.
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* From the Ethics of Technology towards and Ethics of Knowledge Policy & Knowledge Asseessment. By René Von Schomberg, janvier 2007, Working document.
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Santé & Environnement
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* Pesticides, Révélations sur un scandale français, de François Veillerette et Fabrice Nicolino, chez Fayard
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Nanotechnologies
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* La Technology Review, en français renaît.
Plus d'un an après son premier prototype, le premier numérp de la version française de la revue du MIT est diffusée en kiosque à quelque 50 000 exemplaires. Son éditeur précise : "L'ambition de l'édition française est de replacer les sciences et la technologie au cœur des enjeux socio-économiques en s'attachant notamment à décrypter les technologies émergentes, à ouvrir une fenêtre sur le monde de la recherche scientifique et ses applications concrètes, et à éclairer les débats ou les controverses du moment".
Ce premier numéro (avril-mai 2007) consacre son dossier aux "Nanomondes" , avec une photo de couverture très déterministe, montrant un cadre supérieur sur la route droite et tracée des nanocomposants. Il est difficile d'imaginer le puissant MIT en posture de nourrir un réel débat là où c'est utile c'est à dire sur le partage de la gouvernance des sciences.
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* A la conquête du Nanomonde, Nanosystèmes et microsystèles, de Dominique Luzeaux (de la direction générale de l'armement) et Thierry Puig, editions Le Félin.
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* Le Rapport du Council for Science and Technology du Gouvernement britannique publié ce 27 mars 2007 indique que "le gouvernement britannique n'a pas fait les efforts qu'il avait promis pour encourager la recherche sur les risques potentiels issus du champ des nanotechnologies". Le rapporteur, Pr Sir John Beringer a indiqué : "Sans un soutien substantiel, la Grande Bretagne risque d'être laissée à l'écart des collaborations futures".
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Agenda
* Les espaces publics de demain, 56ème Forum d'Iéna, du Conseil économique et social
jeudi 16 avril- 14h30 à 18h30, Palais d'Iéna, 9 place d'Iéna, 75116 Paris.
Contact Béatrice Pomme , Tel 01 45 78 36 07
forums@regards-international.com
* Ethique et implications sociétales de la recherche en psychiatrie :
Troubles des conduites de l'enfant et prévention de la délinquance
Mercredi 25 avril à 19h15 à l'Amphithéâtre Deniker, Centre hospitalier Sainte Anne, 7, rue Cabanis - Paris 14e.
Organisé par le Centre d'études du vivant (CEV fondé par Pierre Fédida) dans le cadre du séminaire d'épistémologie du service hospitalo-universitaire de santé mentale.
Avec les interventions de Didier Sicard, Daniel Widlöcher, Evelyne Lenoble, Bruno Falissard, Georges Fischman.
Renseignements et inscriptions au 01 44 38 52 70 ou 01 45 65 81 79
Centre d'études du vivant : cev@paris7.jussieu.fr
Centre d'études du vivant
* Rencontres "Science et société", jeudi 26 avril - de 14h à 20h - au Conseil régional Ile-de-France, salle Delouvrier, 35 bld des invalides, 75007 Paris.
* Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique, conférence du MURS au Collège de France par Olivier Bonseil, professeur d'économie industrielle à l'Ecole des Mines de Paris, Chercheur au CERNA.
Le 3 avril à 17h , place Marcellin Berthelot (salle 5) 75005 Paris
* Communicating Nanotech to the public : how are we going to do that ?
les 7-8 mai à Louvain en Belgique - http://www.imecexpo.be/nl/story14.aspx
* Les pratiques de l'évaluation des risques
Petit déjeuner-débat à Paris le 9 mai (8h30-10h30)
animé par Hubert Seillan, avec Mireille Jarry et Marianne Richard-Mollard
auteurs du dossier du n°91 de Préventique Sécurité ( janvier-février 2007).
Brasserie La Rotonde - 105 bd Montparnasse - 75006 Paris - Participation aux frais : 60€ HT
Contact : Groupe Préventique - Jocelyne Tauzia, 68 cours de la Martinique 33000 Bordeaux. Tél:05 57 87 45 63, mail : j.tauzia@preventique.org
* Noveaux outils de connaissance et partage des savoirs, colloque BPI
Lundi 14 mai, de 11h à 19h Centre Pompidou, Grande salle.
www.bpi.fr/ress.php?id_c=32&id_rl=775&id_c2=32&id_rubrique1=113&id_rubrique2=
* Converging Science and Technologies. Research Trajectories and Institutional Settings
Workshop, les 14 et 15 mai à Vienne
Organisé par l'Agence autrichienne de promotion de la recherche, l'Université Zeppelin, et l'Université de Vienne.
" Diverging Convergences : Competing Meanings of Science and Technology Convergence in Local Context and Implications for Research on Public Perceptions of Converging Technologies "
Par Brice Laurent (École des Mines de Paris & Harvard University, membre de VivAgora,
* Trois jours de conférence pour un "savoir vivant"
La Fondation Sciences Citoyennes organise sa 3ème conférence "Living Knowledge" à l'Ecole des Mines de Paris, du 30 août au 1er septembre 2007 sur le thème "Quand chercheurs et citoyens co-produisent des savoirs et des décisions scientifiques et techniques".
Cette rencontre fera le point sur l'expertise citoyenne et la recherche participative, sur les nouveaux modes d'innovation coopérative, sur les partenariats entre recherche publique et acteurs de la société civile dans toutes les disciplines de recherche. Elle abordera les perspectives des expériences de démocratisation des choix scientifiques et techniques.
École Nationale Supérieure des Mines de Paris, 60-62, Boulevard Saint Michel 75272 PARIS
Pour en savoir plus, s'inscrire ou proposer une contribution :
sciencescitoyennes.org
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