Aux Etats Unis comme en Europe, les pouvoirs publics manifestent une réelle difficulté à traiter les questions urgentes pour protéger les consommateurs des risques liés aux nanoproduits. Saupoudrages et redondances, manques de cohérence aboutissent à des études non pertinentes, passant à côté des nouvelles questions liées aux propriétés spécifiques des nanomatériaux ou nanoparticules. Le service de veille technologique de l’ambassade de France aux Etats Unis signale dans son dernier bulletin, les critiques de David Rejski, directeur du Project on Emerging Nanotechnologies (PEN) qui émet de sérieux doutes sur l’efficicité du plan fédéral de recherche de la National Nanotechnology Initiative (NNI) sur les risques des nanotechnologies (voir http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/53241.htm)
Il signale que sur 240 risques identifiés par le groupe de travail de la NNI consacré aux risques (Nanotechnology Environment and Health Implications, NEHI) seuls 5 concernent les effets d’une exposition directe aux nanomatériaux et ses dangers potentiels. Il accuse le NEHI de ne pas employer une stratégie descendante ("Top-Down"), dont le but serait de diriger les fonds et la recherche aux endroits où il y aurait le plus de risques ; en effet selon David Rejeski, le directeur du PEN, le plan fédéral du NEHI est une collection de programmes individuels de recherche. Une étude précédente du PEN montrait que pour l’année fiscale 2005, le gouvernement américain avait dépensé seulement 1% des 1,2 milliards de dollars de l’investissement total pour les nanotechnologies dans la recherche sur les risques de haute priorité (http://www.nanotechproject.org/inventories/ehs).
En France, ces mêmes problèmes occupent le Comité de veille sanitaire sur les nanotechnologies mis en place fin 2007, par le Haut Conseil de santé publique et présidé par Marcel Goldberg. Les urgences en matière de sécurité alimentaire, les besoins en terme d’analyse des diffusions, accumulations et synergies, la caractérisation de nouvelles questions toxicologiques du fait d’affinités modifiées... seront-ils pris à bras le corps par ce comité ?
Avec les nanotechnologies, nous sommes confrontés à des comportements moléculaires inconnus. Une situation comparable à celle liée au prion (lors de la crise de la vache folle) que le Comité Dormont a assumé avec responsabilité, à l’époque.