Le généticien et pastorien Philippe Marlière, fondateur de la société Isthmus, a présenté hier les ambitions de la biologie synthétique, dans le cadre des conférences de l’Université de tous les savoirs (www.utls.fr). Son postulat initial est de constater que la Nature n’est pas parfaite et que l’on peut optimiser le fonctionnement des organismes vivants. Pour lui, il faut “faire bifurquer l’évolution” vers des voies totalement inédites. Il a conclu son intervention en soulignant l’”importance de l’opinion publique qui doit peser dans les choix à faire en matière de biotechnologies”.
Cela tombe bien ! VivAgora propose de mettre en place début 2009, un processus d’information et de dialogue sur la biologie synthétique selon le modèle de ses cycles de débats publics délibératifs.
Le projet sera soumis aux autorités susceptibles de soutenir cette initiative : Ministère de la recherche, MEEDDAT, DGS, Institut Pasteur, CEA, Genopole.
Un groupe de pilotage a déjà été constitué avec divers acteurs biologistes, philosophes, historiens, économistes, associatifs et pouvoirs publics concernés.
Car si l’on veut que les citoyens s’expriment sur les projets de biologie synthétique, il est nécessaire, d’informer, de questionner, de saisir les forces en présence.
Le prochain cycle a pour objectif de faciliter l’engagement réel de la société civile à propos de ces “nouvelles biotechnologies”. C’est assez urgent car les projets sont innombrables dans le domaine : 18 programmes sont soutenus par la Commission européenne et outre Atlantique Craig Venter travaille activement pour la création de bactéries synthétiques au sein de son Institut pour des alternatives énergétiques biologiques (IBEA - situé à Rockville dans le Maryland) ou avec son entreprise Synthetic Genomics. Sont aussi sur le pont la BioBricks Foundation, le MIT et l’université de Harvard avec de gros laboratoires consacrant leurs travaux à ce sujet.
Nous informerons sur notre site de l’avancée de ce projet “Cycle de débats sur la biologie synthétique”, et des soutiens qui lui seront donnés.
L’agence d’évaluation des risques en Allemagne (le BfR) a publié une étude sur la perception des allemands vis-à-vis des nanotechnologies. L’étude a été menée sur un échantillon représentatif de 1000 consommateurs.
La majorité des consommateurs perçoit favorablement le développement des nanotechnologies. Deux tiers ( 66 %) pensent que les nanotechnologies présentent plus de bénéfices que de risques. Toutefois, les nanotechnologies ne sont pas acceptées de la même façon dans tous les domaines.
C’est le cas par exemple de l’alimentation, pour laquelle la plupart des consommateurs s’opposent à l’idée d’utiliser les nanotechnologies dans les aliments. 69 % rejettent l’idée de pouvoir utiliser des nanoadditifs dans les épices pour prévenir les « grumeaux » dans ces dernières. Et 84 % ne veulent pas d’aliment dont l’apparence a été rendue meilleure dans le temps par l’utilisation de nanoparticules.
Sources :BfR - The majority of consumers view the development of nanotechnology favourably - 23/2007, 19.12.2007 (www.nutrialpha.com)
Dans le cadre de son activité prospective, le réseau européen ERA-NET SKEP (Scientific Knowledge for Environmental Protection), qui regroupe 17 ministères et agences finançant la recherche sur l’environnement dans 11 pays différents, vient de publier les résultats impressionnants d’un questionnaire réalisé fin 2007 ( http://www.skep-era.net/site/files/WP6_Deliverable6.3.pdf)
748 experts issus de la sphère publique (80%) et de la communauté scientifique (65%) y expriment leurs opinions sur la hiérarchie des risques et leur irréversibilité, les besoins de régulations dans le champ de la convergence entre les nanotechnologies, les biotechnologies, les technologies de l’information et les sciences cognitives. Les nanoparticules libres sont considérées à haut risque pour 41% des personnes sondées et ayant des effets inconnus pour 32,7% d’entre elles. Ce sont les dispositifs nano-bio qui suscitent la plus grande méfiance sociale. La plupart des répondants estiment qu’il faut adapter les législations actuelles : 69% pour l’étiquetage, 73% pour la traçabilité, 59% pour la fiabilité des producteurs, 66% pour modifier le règlement Reach, 71% pour protéger les travailleurs.
En tête des actions prioritaires, les sondés placent l’information et la discussion publique (46,2%).
Ce sondage a déjà été présenté à la Cité internationale de Paris, le 28 février dernier devant une cinquantaine d’experts européens réunis en atelier de prospective sous la houlette de l’ADEME et du MEDAD.
A cette occasion, Bernadette Bensaude Vincent, philosophe et historienne des sciences à Paris X a explicité le “nouveau régime de la science et de production des savoirs” qui émerge depuis 1980. Fini l’approche linéaire basée sur le moteur exploratoire de la curiosité, l’unique contrôle des pairs, les cadres disciplinaires et universitaires....
Nous sommes désormais dans un mode de recherche tiré par l’applicatif, organisé de manière transdiciplinaire et multi-sites, et sensible à la compétitivité internationale. "L’objectivité aujourd’hui n’est plus la
garantie par l’autorité académique mais par les expériences pluralistes ouvertes aux parties prenantes” a-t-elle souligné. Les frontières s’estompent entre l’inanimé et l’animé, la matière et l’esprit, entre la nature et les artefacts, entre technique et politique. Le programme NBIC (défini par le rapport américain de 2002) est une extension à la société de la convergence des sciences dans un projet technique. Or, certains scientifiques considèrent que le réel résiste et que les politiques qui défendent ce programme menacent l’autonomie des sciences."
Et de conclure : "Peut-on défendre la convergence sans adhérer aux valeurs technocratiques qui sous-tendent le projet américain ?”
Aux Etats Unis comme en Europe, les pouvoirs publics manifestent une réelle difficulté à traiter les questions urgentes pour protéger les consommateurs des risques liés aux nanoproduits. Saupoudrages et redondances, manques de cohérence aboutissent à des études non pertinentes, passant à côté des nouvelles questions liées aux propriétés spécifiques des nanomatériaux ou nanoparticules. Le service de veille technologique de l’ambassade de France aux Etats Unis signale dans son dernier bulletin, les critiques de David Rejski, directeur du Project on Emerging Nanotechnologies (PEN) qui émet de sérieux doutes sur l’efficicité du plan fédéral de recherche de la National Nanotechnology Initiative (NNI) sur les risques des nanotechnologies (voir http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/53241.htm)
Il signale que sur 240 risques identifiés par le groupe de travail de la NNI consacré aux risques (Nanotechnology Environment and Health Implications, NEHI) seuls 5 concernent les effets d’une exposition directe aux nanomatériaux et ses dangers potentiels. Il accuse le NEHI de ne pas employer une stratégie descendante ("Top-Down"), dont le but serait de diriger les fonds et la recherche aux endroits où il y aurait le plus de risques ; en effet selon David Rejeski, le directeur du PEN, le plan fédéral du NEHI est une collection de programmes individuels de recherche. Une étude précédente du PEN montrait que pour l’année fiscale 2005, le gouvernement américain avait dépensé seulement 1% des 1,2 milliards de dollars de l’investissement total pour les nanotechnologies dans la recherche sur les risques de haute priorité (http://www.nanotechproject.org/inventories/ehs).
En France, ces mêmes problèmes occupent le Comité de veille sanitaire sur les nanotechnologies mis en place fin 2007, par le Haut Conseil de santé publique et présidé par Marcel Goldberg. Les urgences en matière de sécurité alimentaire, les besoins en terme d’analyse des diffusions, accumulations et synergies, la caractérisation de nouvelles questions toxicologiques du fait d’affinités modifiées... seront-ils pris à bras le corps par ce comité ?
Avec les nanotechnologies, nous sommes confrontés à des comportements moléculaires inconnus. Une situation comparable à celle liée au prion (lors de la crise de la vache folle) que le Comité Dormont a assumé avec responsabilité, à l’époque.
La Commission Européenne vient d’adopter la version finale de son « code de conduite pour une recherche responsable dans le domaine des nano » ( on peut charger la version française en allant sur le site http://ec.europa.eu/nanotechnology/index_en.html ). Ce cadre - fruit d’une consultation à laquelle VivAgora avait contribué l’été dernier - propose 7 principes structurants mais il est non contraignant. Libres donc aux entreprises, universités et les instituts de recherche impliqués dans les nanotechnologies de s’engager moralement pour appliquer ces règles.
Comparé à sa version initiale, ce Code valorise davantage l’implication et l’inclusion des parties prenantes dans la fabrication des choix de recherche. Plus frappant, il pose la “gouvernance participative ” comme un élément susceptible d’améliorer la sûreté du développement des nanotechnologies.
Il incite les Etats membres à mener des actions guidées par les 7 principes énoncés :
Signification : compréhensibilité et sens (recherches conduites dans l’intérêt du bien-être des individus et de la société)
durabilité
précaution
inclusion des acteurs de la société civile : accès à l’information des ONG et ouverture des processus de décision aux parties concernées par les activités de recherche
Excellence et intégrité
innovation : encouragement à la créativité, flexiblité, et croissance
responsabilité vis à vis des impacts sociaux, environnementaux et sanitaires
Une étude sur l’avenir des nanotechnologies à été menée auprès de 1 600 Américains, par une équipe interdisciplinaire issue des plusieurs universités américaines (Université de Yale, Université George Washington, Université de Cornell et Decision Research in Eugene, Oregon). Les participants ont été soumis à des arguments opposés mais attribués à divers experts des grandes universités américaines.
Selon Dan Kahan, professeur de droit à l’Université de Yale et coordinateur de l’étude, "Les gens font confiance naturellement aux experts auxquels ils ont l’habitude de se référer, parce que la plupart des gens manquent de temps et de l’analyse nécessaire pour faire du sens à partir de l’information scientifique sur les nouveaux risques complexes. Les personnes sont enclines à croire ceux dont ils partagent les visions culturelles”.
Ces résultats confirment une étude précédente, financée par la National Science Foundation, réalisée par les mêmes chercheurs, qui montrait que les valeurs des individus influencent leur positionnement vis-à-vis des risques en matière de nanotechnologies.
"Ces constats soulignent qu’impliquer le public sur le champ des nanotechnologies ne sera pas simple ou facile", indique David Rejeski directeur du Projet sur les nanotechnologies émergentes (PEN). Ils pointent l’urgence d’une information précoce, à cette étape préliminaire de la mise sur le marché des produits des populations, mais en la structurant à à partir de sources auxquelles les gens font confiance".
Ces deux évaluations menées dans le cadre du “Projet sur la cognition culturelle” seront complétées par un dernier sondage consacré à l’efficacité de messages plus ou moins persuasifs, sur des audiences variées.
Pour en savoir plus : www.nanotechproject.org/news/archive/yale21/
Sur l’initiative de Terese Berceau, députée démocrate du Wisconsin, un recensement des nanomatériaux produits ou utilisés par les industries situées dans la région de Madison (Etats-Unis) a été mis en place. Déjà la ville de Berkeley (en Californie) a établi une veille identique. De son côté, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) a lancé le 28 janvier dernier un registre volontaire fédéral.
Ces signaux témoignent d’une urgence à pouvoir identifier les nanoproduits sur le marché, dans la mesure où leurs propriétés physiologiques, notamment pour les nanoparticules, brouillent la messagerie du vivant et risquent de permettre la présence de substances chimiques dans des compartiments inhabituels. Ce point a été particulièrement souligné lors du dernier NanoForum du 7 février à Paris, consacré au secteur de l’alimentation. Il a été mentionné par exemple, que des substances liposolubles sont rendues hydrosolubles (et vice-versa) du fait de leur structure nanométrique. Le constat a été fait par les responsables présents, de l’administration française comme européenne, de repérer les produits comportant des nanoparticules (ou ayant des propriétés modifiées du fait d’un recours aux nanotechnologies) et disponibles en France.
Mme Terese Berceau a été sensibilisée au besoin d’une réelle traçabilité (du fait des inconnues sur les risques) par le rapport des citoyens, ayant participé à la Conférence de consensus qui s’est déroulée en 2005 à Madison. En décembre elle a adressé son projet aux services de l’Etat du Wisconsin. Un article paru sur le site d’information participatif dane101.com porté par des acteurs locaux fait état de cette démarche pionnière.
Si vous pouvez acheter des chaussettes ou sparadrap "nano" (avec nanoargent anti-bactérien) des pneus renforcés (aux nanotubes de carbone) ou vous promener sur des trottoirs en nanociment (intégrant des nanoparticules de dioxyde de titane), il est difficile de savoir quels sont les aliments ou les cosmétiques issus des nanotechnologies.
Pour lutter contre cette difficile discrimination, la "soil association", structure britannique de promotion de l’agriculture biologique vient de créer un standard "nano-free" pour les produits de consommation (1). L’association annonce qu’elle certifie des cosmétiques, aliments et textiles dépourvus de nanomatériaux fabriqués par l’homme. Tout produit contenant des nanoparticules manufacturées inférieures 200 nanomètres est donc exclu par l’association qui espère que d’autres organismes de certification en Europe vont la suivre dans ce mouvement.
Ainsi le logo de la Soil Association, apposé sur les emballages, certifie l’absence de nanoparticules manufacturées

Le groupe ETC se réjouit de cette initiative (2) juste un an après l’annonce qu’elle a faite des gagnants du concours de “logos Nano-free”. Les trois logos retenus (3) à l’époque et proposés pour usage international sont les suivants :

La Soil association a une longue histoire de protection des produits agricoles et alimentaires. En 1967, elle a publié le premier standard pour bannir les pesticides, les antibiotiques et autres produits chimiques de l’agriculture bio. En 1983, elle a exclu les protéines animales de la nourriture du bétail, trois ans avant le premier cas de vache folle en Grande-Bretagne. En mars 1997, elle a été le premier producteur bio a certifier des graines et aliments sans OGM.
Pour en savoir plus :
(1) http://www.soilassociation.org/web/sa/saweb.nsf/89d058cc4dbeb16d80256a73005a2866/42308d944a3088a6802573d100351790 !OpenDocument
(2) http://www.etcgroup.org/en/materials/publications.html ?pub_id=669
(3) http://www.etcgroup.org/en/materials/publications.html ?pub_id=604