Alors que se tient ce soir le 14eme débat public sur les nanotechnologies à Orsay, nous revenons sur un des projets structurants pour le plateau de Saclay : NanoInnov. Dans ce cadre, a été lancée la construction du « Centre d’intégration NanoInnov » sur la bordure du plateau de Saclay, à proximité de Danone, Thalès, et de l’Ecole polytechnique. D’un coût de 46 millions et placé sous maîtrise d’ouvrage du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), cet ensemble, représente l’investissement phare du programme NanoInnov, initié en décembre 2007 par le président Sarkozy (Trois scientifiques missionnés par Nicolas Sarkozy) et qui implique les trois régions autour de Grenoble, Toulouse et Paris.
Alors que Grenoble a déjà organisé sa recherche nano autour de Minatec, NanoInnov donne au secteur sud francilien l’opportunité de dupliquer le « modèle grenoblois ». D’autant que ce programme est enchâssé dans un profond remaniement du plateau de Saclay, mis en oeuvre par l’Opération d’intérêt national (OIN) décrétée par Nicolas Sarkozy (le même mais à l’époque encore Ministre de l’Intérieur). Cette formule OIN ad hoc a permis de passer outre les dissensions entre les Collectivités locales pour piloter d’en haut la concentration spatiale des fleurons de la compétitivité française.
Le 5 mai dernier, Valérie Pécresse a présenté les ambitions du programme NanoInnov financé sur l’Emprunt et a vocation de « faire des brevets » . Car, alors que la France produit 6% des publications sur les nanotechnologies, elle ne dépose que 1,9% des brevets dans ce domaine, soit trois fois moins que la Chine, ou seize fois moins que le Japon. Dix actions ont été annoncées dans ce cadre (NanoInnov : 100% pour la compétitivité). Sur le versant de la prudence, des axes de travail ont été annoncés en matière de sécurité des travailleurs, de formation et de dialogue avec la société civile.
Qu’en est-il aujourd’hui, huit mois après ces annonces du Ministère ? 2,5 millions d’euros ont été consacrés à la sécurité des nanos qui se traduit par la sécurisation de cent postes de travail sur les sites de Grenoble, Toulouse et Saclay en lien avec l’Ineris. Sur le volet formation, un millions d’euros permettent de financer les créations d’une part d’une « Terminale nano » à Toulouse et d’autre part, d’un espace visiteur du Centre d’intégration de Saclay. Sur le plan du dialogue sociétal, le scénario réel ressemble peu à l’annonce de la ministre Pécresse qui parlait d’allouer 10% des 70 millions de NanoInnov, à cet effort. Aujourd’hui cet élément essentiel du dispositif est financé à hauteur d’un million d’euros pour des projets jugés prioritaires : amélioration du site internet du CEA de Grenoble, développement d’une réflexion sur la place de l’art dans les représentations des nanotechnologies (portée par le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière, LARSIM du CEA), mise en œuvre d’un questionnaire auprès des scientifiques pour savoir comment ces derniers perçoivent la société (mis en œuvre par le Centre de compétitivité C nano Ile-de-France), et forcément l’analyse du débat public (en cours) de la CNDP par le laboratoire LERASS à Toulouse)… Inutile de chercher du pluralisme, une ouverture à d’autres manières de concevoir le monde ou la technique : toutes ces affectations financières sont assumées par le Comité de pilotage 100% académico-industriel.
Ainsi, l’on constate l’écart considérable entre effet d’annonce et réalité. Comme le redoutait la journaliste de France Inter Sophie Bécherel, le 5 mai lors de la présentation à la presse de NanoInnov, il n’y a que discours creux dès lors qu’il s’agit de rapprocher naonotechnologies et société. Intégrer des spécialistes de sciences humaines pour faire de la sophistique, de l’acceptabilité sociale ou tout simplement du décorum ne risque pas d’apaiser les esprits.
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