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Nanotechnologie et textiles : surmonter la crise par l’innovation
5ème Chronique Nanos&Nous
jeudi 12 novembre 2009
par Nathalie Fabre
popularité : 21%

Face à une globalisation toujours croissante de la concurrence, l’innovation est la seule façon pour les entreprises de surmonter les crises et d’acquérir des avantages compétitifs. Dans cette « course au progrès », la filière textile n’est pas en reste : grâce aux nanotechnologies, toute une gamme de nouveaux tissus font leur apparition sur le marché, munis de caractéristiques des plus diverses. Plus souples, plus résistants, de meilleure qualité, les textiles deviennent aujourd’hui auto-nettoyants, ils protègent des ondes, changent de couleurs… Avec ces nouveaux textiles fonctionnels aux usages variés, une véritable offensive est lancée ! Elle concerne de nombreux domaines : l’habillement, l’ameublement, le sport, le secteur médical, le militaire et même l’environnement.

L’Effet lotus ou les revêtements anti-tâches

S’inspirant des feuilles de lotus, de la peau de requin ou encore des ailes de papillon, les firmes Schoeller Technologies en Suisse et Nano-Tex en Californie ont conçu des films protecteurs pour rendre les textiles hydrofuges et résistants aux tâches : au lieu de s’étaler, les liquides forment des gouttelettes sur ces fines membranes et roulent en emportant la saleté. C’est ce qu’on appelle « l’effet lotus » : finies les tâches de café, ketchup, huile ou vin rouge ! Facilement applicables à la surface des tissus, ces dispositifs préviennent les tâches mêmes les plus tenaces, qui n’adhèrent plus et peuvent donc être nettoyées sans effort… Résistants aux lavages et à l’abrasion, NanoSphere® et Nano-Tex® sont utilisés sur de nombreux vêtements : pantalons GAP, chemises Brooks Brothers, shorts Adidas, jeans Lee, etc. On les retrouve également sur des matelas, des tissus d’ameublement, des bagages, des toiles de tente, et même sur des produits pour animaux domestiques (Nano Pet Products LLC) !

Les tissus anti-odeurs

D’autres fonctions intéressantes peuvent aussi être intégrées aux tissus, comme des propriétés antibactériennes ou bactériostatiques, pour lutter contre la prolifération des bactéries, donc des mauvaises odeurs… Parmi les biocides, les nanoparticules d’argent comptent parmi les plus efficaces. Elles connaissent aujourd’hui un grand succès : incorporées aux fibres des tissus ou déposées à leur surface, elles évitent les problèmes de dégradation liés aux micro-organismes, comme les odeurs de transpiration, la décoloration... On les trouve dans de nombreuses marques de chaussettes et bas « anti-odeurs » et dans certains vêtements de sport. Le nano-argent limite aussi la prolifération des acariens dans les oreillers, les matelas ou les tapis. Il entre dans la composition de textiles médicaux pour lutter contre les infections nosocomiales en milieu hospitalier.

Les textiles hyper-isolants

Les nanotechnologies ont aussi permis la création de matériaux hyper-isolants, comme les aérogels mis au point par la NASA, qui trouvent progressivement des applications de grande consommation, dans des chaussures de sécurité, des gants ou des sacs de couchage utilisables en conditions extrêmes. De nouveaux textiles voient également le jour, qui conservent la chaleur du corps : le Zirtex®, créé par la firme française Chamatex, réfléchit les rayons infrarouges et bloque le rayonnement calorifique naturel du corps humain, ce qui accroît la chaleur du corps. Il sert à confectionner des tenus de travail ou des vêtements ultralégers pour les sports de montagne. Autre exemple, le FineTex®, conçu par des coréens et exploité par l’entreprise Degré7 en Saône-et-Loire : il s’agit d’une membrane à la fois imperméable et hyper-respirante, qui laisse passer la vapeur de la transpiration à l’extérieur, même par temps de pluie… Avec ces nouveaux tissus, il devient possible d’avoir bien chaud, tout en conservant une grande aisance de mouvement.

Les textiles de demain

Ces quelques exemples de produits déjà commercialisés ne doivent pas faire oublier l’étendue des possibles que les nanotechnologies offrent pour les textiles de demain… Ainsi, de nouvelles fibres sont fabriquées à partir de polymères avec la technique de l’electrospinning. Plus douces que la soie, légères, très élastiques et ultra-résistantes, elles sont utilisées comme filtres HEPA (high efficiency particle accumulation), dans des aspirateurs ou sur des tanks. En leur ajoutant des nano-éléments actifs, elles pourraient servir à lutter contre les agents toxiques, biologiques ou chimiques, pour des applications médicales ou militaires (vêtements protecteurs). Les nanotextiles pourraient donc jouer un rôle majeur dans les domaines de la filtration, l’absorption des polluants et la protection. De même, l’utilisation de la technologie des plasmas pour le traitement des surfaces textiles ouvre de nombreuses possibilités : elle permettrait par exemple de métalliser les fibres pour augmenter leur conductibilité électrique, de créer des tissus décoratifs par modification de l’aspect de la surface des fibres, et à terme, peut-être, de fabriquer des ordinateurs-vêtements… Des technologies sont également à l’étude, pour intégrer des batteries, capteurs et autres systèmes aux vêtements : des fibres sources d’énergie ou conductrices d’énergie pourraient ainsi être conçues, ou encore des vêtements de camouflage actif à absorption des ondes lumineuses et électromagnétiques…

Entre rêves et réalités…

Souvent portés par des applications militaires, les projets combinant textiles et nanotechnologies pourraient trouver de multiples utilisations de grande consommation et changer complètement la donne dans les secteurs de l’habillement et du sport. Ces projets bénéficient également des investissements massifs attribués aux économies d’énergie et au respect de l’environnement : le revêtement NanoSphere® porte ainsi le label Bluesign®, qui garantit le respect des normes environnementales et sanitaires. Et un nouveau contrat vient d’être signé par Industrial Nanotech pour recouvrir toutes les machines de l’entreprise textile Coats Plc avec des revêtements Nansulate® EPX et High Heat, et rendre ainsi leurs machines plus résistantes et donc plus durables… A la faveur de ces nouveaux créneaux (1), des matériaux innovants sont à l’étude, qui trouveront sans doute après coup des applications concrètes, car « il y a plein de façons imaginables d’utiliser ces nouveaux matériaux », rappelle le Pr. Rutledge du Massachusetts Institute of Technologies. Ainsi, avec les nanotechnologies, « l’industrie textile a encore le droit d’avoir des rêves, même si l’environnement économique global parle un autre langage (2) ». Encore faut-il que ces rêves ne virent pas aux cauchemars, pour les citoyens contemporains de ces innovations tous azimuts : certaines applications, mal maîtrisées, pourraient avoir des effets néfastes sur la santé et sur l’environnement, comme ces vêtements « anti-odeurs », qui dans l’ensemble résistent mal à l’usage et au lavage, d’où des rejets importants de nano-argent dans l’environnement. A terme, ces « nano-déchets » pourraient endommager les écosystèmes aquatiques et compromettre le fonctionnement de certaines stations d’épuration (3)… Dans ce contexte, il est permis de s’interroger sur le comportement prétendument « eco-friendly » (écologiquement correct) des nano-textiles. Le débat public CNDP (4), organisé à Lille le 17 novembre prochain, sera peut-être l’occasion de dresser un premier bilan des risques et bénéfices à attendre de ces innovations, en vue d’un réajustement des politiques de recherche et des développements industriels.

(1) Selon un rapport récent de BCC Research (BCC Research report ID : NAN039B, Frank Boehm, july 2009), le marché mondial des nanotechnologies à des fins d’applications environnementales générait un chiffre d’affaires de 1,1 milliards de dollars en 2008, et est estimé à 2 milliards de dollars en 2009. Il est sensé croître à un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 61,8 %, pour atteindre 21,8 milliards de dollars en 2014.
(2) Propos de Karl Höhener, membre du comité directeur du programme TOP NANO 21, en juillet 2003
(3) Voir le compte rendu du Nanoforum du 2 avril 2009, « L’analyse bénéfices/risques appliquée aux nanotechnologies : le cas du nano-argent »
(4) Débat organisé par la Commission nationale du débat public, sur le thème des nanotechnologies et des textiles

 
Post Scriptum :
Nathalie Fabre est chargée de mission Nanoforum

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