Pourquoi donc des nanoparticules dans les écrans solaires ? Les bonnes raisons ne manquent pas…Les nanoparticules de di-oxyde de titane largement utilisées dans les crèmes anti-UV cumulent en fait deux atouts : elles sont transparentes à la lumière visible donc évitent l’effet blanchâtre des produits précédents ; elles optimisent la protection car les grains de 60 nanomètres ont la taille idéale pour réfléchir et disperser les rayons ultra-violets. Elles augmentent donc la protection de la peau et donnent un produit fluide transparent sans effet d’allergie !
Une solution miracle promise à un grand avenir commercial ! Et l’on s’empresse de déverser sur le marché des produits comprenant des nanoparticules de zinc ou de titane. Or c’est l’exemple type de la bonne solution qui entraîne une foule de problèmes : qu’en est-il des effets sur les peaux endommagées, qu’en est-il de leur persistance et de leur solubilité dans l’environnement …. ? Des études s’imposent bien sûr mais les résultats sont pour le moins source de perplexité. Les données toxicologiques montrent que les nanoparticules franchissent aisément les barrières cellulaires induisant stress oxydatif, inflammation et mutation de l’ADN. Mais elles sont contradictoires pour ce qui est de la pénétration cutanée. Tandis que des experts proclament que rien ne motive une inquiétude, l’Union européenne souligne les limites des résultats acquis et invite à n’utiliser ces particules qu’à titre d’exception faute de solutions alternatives.
Voici donc un terrain miné où s’affrontent divers intérêts, qui orientent voire déforment les informations. Dans les cosmétiques plus qu’ailleurs s’impose la transparence : faute d’obligation d’étiquetage, le consommateur n’a aucun moyen de savoir si l’oxyde de titane qui figure dans la composition du produit qu’il achète est sous forme de nanoparticules. Quant aux professionnels ils ont commencé par adopter une attitude de repli : la Fédération des Entreprises de la Beauté (la FEBEA) qui rassemble quelques 300 entreprises et représente 97% du secteur) a refusé de participer au Nanoforum du 6 décembre 2007, sur les cométiques. Il faut non seulement en finir avec la politique de la chaise vide pour affronter les questions des usagers mais aussi s’engager dans l’exploration de nouvelles formules d’innovation responsable prenant en compte les attentes et exigences des diverses parties prenantes.
Quelques infos
1 Aux Etats Unis,
Le rapport de l’Environmental Working Group sur les crèmes solaires publié en juillet 2009 fait référence à seize études d’origine universitaire montrant, sur une base expérimentale, une absence de pénétration cutanée pour les nanomatériaux à base de titane et de zinc. Une étude récente (Mortensen, 2008) montre cependant qu’il y a pénétration sur une peau endommagée par les UV solaires. Une analyse plus fine de ces données est donc à faire, pour dépasser les contradictions.
2 En Europe,
L’association britannique Which ? publie un rapport intitulé, Small wonder ? Nanotechnology and Cosmetics, Après avoir consulté les fabricants et étudié leurs produits, l’association britannique confirme que des nanoparticules d’argent, d’oxyde de zinc ou de titane, ou encore des fullerènes sont présentes dans plusieurs types de produits (dentifrices, crèmes solaires ou antivieillissement, etc…) actuellement disponibles sur le marché européen. Elle note cependant que l’information, elle, n’est pas disponible, et que l’on s’interroge toujours sur leur innocuité.
3 Au Parlement européen
Le Règlement "Cosmétiques", voté le 24 mars 2009, introduit un nouveau système d’encadrement des nanomatériaux.
Il impose à toute entreprise qui souhaite commercialiser un produit contenant des nanomatériaux, d’en informer la Commission européenne six mois avant la mise sur le marché. En cas de doute, cette dernière pourra requérir l’avis du Comité scientifique sur la sécurité des consommateurs.
De plus, l’entreprise devra indiquer la présence de ces nanomatériaux dans la liste des ingrédients qui figure déjà obligatoirement sur tous les produits. Une règle d’étiquetage a été prévue à cet effet : nom de l’ingrédient [nano]. Cela donnera par exemple : Titanium dioxide [nano].
A force de règlements et de codes de bonne conduite, de forums et de débats publics, de comités d’éthique et de commissions d’experts, parviendra-t-on à s’arracher au sortilège des produits miracles ? Il y va de la responsabilité de tous : industriels, pouvoirs publics, et citoyens consommateurs.
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