L’implication du public dans les choix technologiques se fait avec des motivations mitigées et des méthodes confuses, tel est le constat fait les experts du programme DEEPEN (« Deepening ethical engagement and participation in emerging nanotechnologies ») financé par l’UE qui vient de publier son rapport. “Nous manquons de réflexion sur le “pourquoi” du développement des technologies et ce qu’elles peuvent signifier pour la société future”, souligne Phil Macnaghten, coordonnateur de l’étude et fondateur de l’Institut de recherche sur les risques et dangers (IHRR) de l’université de Durham au Royaume-Uni.
Les manières de mobiliser les citoyens à propos des enjeux des nanotechnologies sont donc à revoir, appuie le rapport qui appelle à une “révision radicale en Europe des outils mis en oeuvre pour engager les publics à participer aux choix”. Il y a urgence à ce que les politiques développe un “scepticisme salutaire vis-à-vis de la rhétorique de gagnant-gagnant de la plupart des discours sur les nanotechnologies, poursuit-il.
Les experts qui ont coopéré au sein de ce projet (issus des domaines de l’éthique et de la philosophie et des sciences sociales et politiques et originaires d’Allemagne, des Pays-Bas, du Portugal et du Royaume-Uni) ont mis en évidence un problème majeur : nous sommes organisés de manière séquentielle adossés à l’idée que « les scientifiques font la science, et que la société et les experts en éthique traitent de toutes les implications éthiques ou sociales ». Cela reflète l’hypothèse selon laquelle les avantages de la nanotechnologie doivent être renforcés, et l’éthique constitue un « frein au progrès », déclarent les partenaires du projet. Les auteurs insistent sur le fait que cette division du travail doit cesser pour que nous puissions avancer. Un autre constat pointe la polarisation délétère entre technophiles et technophobes souvent mentionnée par VivAgora. L’attitude du public par rapport aux nanotechnologies est plutôt complexe et ne peut être simplement classée dans la catégorie « positive » et « négative ». « Nous devons dépasser le langage du ’pour et contre’, et des ’risques contre avantages’, et admettre que notre jugement concernant la nanotechnologie (que l’on soit profane, scientifique, ou décideur politique) ne peut être facilement retranscrit dans un sondage », peut-on lire dans le rapport. "Ce qui intéresse le public, ce sont les motivations qui tirent les projets techniques et la répartition équitable des bénéfices".
Trop souvent les ONG se positionnent sur des cadrages ciblés sur les risques et les bénéfices, le public plus large attend un questionnement plus profond, relèvent les chercheurs de DEEPEN. Signalons ici d’ailleurs l’initiative Nano&Me qui donne à penser que les produits s’imposent et qu’il s’agit de savoir où ils sont un point c’est tout.
Le débat devrait également moins se concentrer sur les idées très spéculatives concernant les apports de la nanotechnologie pour un avenir lointain, et accorder davantage d’attention à sa situation actuelle. A ce sujet on peut relever la remarque d’Arie Rip de l’Université de Twente (Pays Bas) qui met en garde les industriels adoptant une stratégie défensive : “Les entreprises qui minimisent leur R&D sur les nanotechs ou qui la décrivent comme une recherche en chimie classique manquent de courage civil” souligne-t-il.
En conclusion, le rapport considère qu’il faut changer notre vision de l’implication citoyenne et la comprendre comme un processus continuel. Cela évoque l’expérience du Nanoforum et de ses groupes locaux (CENG de Grenoble) qui instruisent des dossiers qui les concernent. On retiendra l’horizon nouveau qu’ouvre ce rapport : « L’engagement public doit être compris en tant qu’ensemble d’initiatives, plutôt qu’événement unique, ce qui engendrera un débat public à la fois flexible et différent ».
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