Le projet NanoInnov sort enfin de sa confidentialité. Lancé par Nicolas Sarkozy dans une lettre de mission de décembre 2007, adressée aux trois stratèges en nanoprogrammes que sont Jean Therme pour Grenoble, Alain Costes pour Toulouse et Dominique Vernay pour le plateau de Saclay, il est resté « dans les limbes » pendant près d’un an. Lors du dernier Comité sectoriel nano de l’Agence nationale de la recherche (ANR), VivAgora s’était exprimée pour demander l’accès à cette information comme condition indispensable au débat national de l’automne prochain.
Si les trois technologues ont bien remis leurs trois rapports, il y a un an, les plans et ajustements sont restés « secrets » jusqu’à ce 5 mai, date choisie par la Ministre Valérie Pécresse pour lever le voile.
De quoi s’agit-il au juste ? Le gouvernement profite du plan de relance pour allouer 70 millions d’euros à un plan de dopage de la compétitivité « pour que la France, qui occupe la cinquième place en terme de publications sur les nanotechnologies, arrive à déposer 380 brevets par an, soit le double d’aujourd’hui » explique Jean Therme, directeur de la technologie au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Le mot d’ordre est donc la valorisation. Et la ministre insiste : « Il faut faire très vite car la concurrence est très, très rude et l’argent doit être dépensé cette année ».
L’essentiel des sommes, soient 46 millions d’euros, sont allouées à la construction d’un Centre d’intégration sur la bordure du plateau de Saclay, à proximité de Danone, Thalès, et de l’Ecole polytechnique. Le CEA en assurera la maîtrise d’ouvrage. 17 millions d’euros viendront abonder les moyens financiers pour soutenir les appels à projets technologiques 2009 déposés à l’ANR. 7 millions seront consacrés à des équipements complémentaires dans le cadre du réseau technologique de base (RTB).
Parmi les dix actions phares de ce plan NanoInnov, la sixième veillera à la sécurité des travailleurs, la septième soutiendra la formation tandis que la huitième est ciblée sur la société. « Il faut sensibiliser la société à ces enjeux et lui faire comprendre les bénéfices et les risques, a précisé Jean Therme. 10% du budget nanoInnov sera consacré à la mise en place de Centres de dialogue, de formation. La ministre, Valérie Pécresse, souligne ici l’importance des recherches en sciences humaines et sociales, et Jean Therme prend l’exemple du Centre Ideas Lab, un laboratoire de marketing de l’innovation à Grenoble.
De son côté, Alain Costes pense s’appuyer pour cette interaction avec la société à Toulouse, sur l’Institut et Fondation pour une Culture de Sécurité Industrielle (ICSI). Pour le plateau de Saclay, rien ne semble avoir été élaboré, selon Dominique Vernay et Ariel Levenson, directeur du Centre de compétitivité sur les nanotechnologies.
La référence au NanoForum qui fonctionne depuis deux ans, n’a pas été évoquée. Un Comité de pilotage composé de trois collèges (nanosciences, nanotechnologies, industries) a été créé mais ne comporte aucun représentant des sciences humaines ou de la société civile.
En conclusion, les orateurs ont affirmé que les nanotechnologies ne posaient « pas de problèmes vraiment nouveaux en matière de risque ». D’ailleurs aucun argent supplémentaire n’est alloué en matière de toxicologie dans le cadre de NanoInnov. Ils ont insisté pour dire qu’il fallait dédramatiser les alertes et rechercher des images rassurantes pour la société.
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