Le colloque sur les lanceurs d’alerte organisé à Paris le 27 mars dernier a permis, entre autres, de regrouper plusieurs témoignages passionnants et parfois bouleversants de lanceurs d’alerte. En voici quelques échos.
La protection juridique des lanceurs d’alerte, ces scientifiques et citoyens qui tirent la sonnette d’alarme face à des dangers potentiels pour l’environnement ou la santé, est inscrite dans les conclusions du Grenelle de l’environnement et dans le rapport d’étape de la Commission Lepage. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question essentielle. Mais l’alerte, c’est avant tout l’engagement de gens qui risquent leur carrière ou des poursuites judiciaires en rendant publics des faits qui leur paraissent dommageables à l’intérêt général. En voici quelques témoignages, issus du colloque organisé à Paris le 27 mars par la fondation Sciences citoyennes et la sénatrice Marie-Christine Blandin.
Christian Velot, chercheur à l’Institut de génétique et microbiologie à Orsay, et opposant aux OGM pesticides n’aura plus de budget de fonctionnement d’ici septembre. Sa direction lui a demandé de partir. Il a refusé mais sera évincé de toute façon en 2010, à la fin du contrat quadriennal. Il regrette que l’on n’essaie plus de « comprendre le monde vivant, [qu’] on cherche à le maîtriser ».
Pierre Meneton, chercheur à l’Inserm, a été poursuivi en diffamation par les Comités des Salines de France, du Midi et de l’Est et traité de « chercheur extravagant ». Selon lui, « le lobby des producteurs de sel et du secteur agro-alimentaire industriel désinforme les professionnels de la santé et les médias ». Une centaine de décès par jour seraient imputables à l’excès de sel. Il a gagné son dernier procès le 13 mars dernier, avec la reconnaissance d’un argument notoire : « L’appréciation critique d’un scientifique n’est pas diffamatoire. »
Véronique Lapides est présidente du Collectif Vigilance Franklin (CVF), nom de l’école construite sur l’ancien site Kodak de Vincennes et où plusieurs jeunes enfants ont été touchés par des cancers. Ce collectif a été assigné en diffamation par le maire de Vincennes, suite à un trac diffusé en 2006 et cosigné par le CVF mettant en cause la Préfecture et la Mairie pour leur refus de prendre leurs responsabilités quant à la nécessaire dépollution.
Etienne Cendrier, porte-parole de l’association « Robin des Toits » se dit être « un rescapé des procédures » intentées par les opérateurs de téléphonie mobile pour ses propos sur les risques sanitaires liées aux antennes relais. Son livre sur la téléphonie va paraître en juin 2008. Désormais, « on sait que le mobile est dangereux pour la santé », estime-t-il (les conclusions de l’étude internationale Interphone vont en effet dans ce sens, du moins pour des utilisations importantes des téléphones mobiles).
Maurice Caudouin, apiculteur dans le Lot-et-Garonne et adhérent de l’association « Terre d’abeille », est convaincu que la cohabitation des abeilles et du maïs transgénique Bt (producteur d’une toxine insecticide) est impossible. Pour lui, l’abeille est la « sentinelle de l’environnement ». Il dénonce les carences et la complicité des pouvoirs publics, qui ne tiennent pas compte de la loi de juillet 1976 relative à la protection de la nature, qui devrait protéger ces insectes pollinisateurs. Lui a pour l’heure été épargné par les poursuites judiciaires...
Ces quelques témoignages ont confirmé que l’engagement des scientifiques et des citoyens est nécessaire pour faire émerger du « terrain » des risques environnementaux ou sanitaires, peu perceptibles, voire niés, par les institutions et les entreprises. Au moment où la nécessité d’une expertise pluraliste semble prendre corps au plus haut niveau politique, il faut espérer que l’utilité sociale de ces lanceurs d’alerte sera enfin reconnue.
Pour en savoir plus : Sciences citoyennes http://sciencescitoyennes.org/spip.php ?rubrique14
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