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Des alertes santé, utiles à protéger
jeudi 13 mars 2008
par Dorothée Benoit-Browaeys
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La dissection des lobbyes et des influences est à l’ordre du jour dans le sillage du film Le monde selon Monsanto (1). Trois lanceurs d’alerte dont les parcours ont été amplement décrits dans le livre Alertes santé (2) sont aujourd’hui sur la sellette. Il s’agit de Pierre Méneton, Jacques Poirier et Véronique Lapidès.

- Spécialiste des maladies cardiovasculaires à l’INSERM, Pierre Meneton, se mobilise depuis dix ans pour dénoncer le manque de vigilance des pouvoirs publics vis-à-vis de l’excès de sel qui conduit à des milliers d’accidents cardiovasculaires chaque année. I vient vient d’être confirmé dans son action par la 17e chambre du TGI de Paris qui a débouté la plainte pour diffamation déposée par le Comité des salines de France (CSF). Ce comité a mis en cause le chercheur pour avoir affirmé lors d’une interview pour le magazine TOC en 2006 : « Le lobby des producteurs de sel et du secteur agroalimentaire industriel est très actif. Il désinforme les professionnels de la santé et les médias ». Le tribunal n’a pas retenu le caractère diffamatoire de l’article.

- Jacques Poirier s’est battu, de son côté, pour développer la sécurité des héparines - médicament anti-coagulant extrêmement utilisé en chirurgie post-opératoire pour éviter les caillots de sang - et issu d’intestins de porc. Le journal Les Echos dans sa livraison du 11 mars 2008 (3), relève qu’« une affaire de contamination de produits chinois, cette fois de lots d’héparine, est en train de prendre une dimension mondiale ». Le journal signale qu’« aux Etats-Unis, 19 morts ont été recensés. En Allemagne, plus de 80 cas de réactions allergiques ont été décelés ». Le quotidien indique qu’« en France, l’Afssaps (agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) n’a eu pour l’instant « aucun signal d’effets indésirables ». En l’occurrence, l’empoisonnement serait du à une contamination chimique découverte dans des lots d’héparine du laboratoire américain Baxter International. Il touche aussi l’Allemagne, qui vient de rappeler 10 lots d’héparine produits par la société germanique Rotexmedica, après des cas d’allergies sévères. L’affaire réactualise le problème de sécurité et de traçabilité des approvisionnements en matière première. Seuls les intestins de porcs sont autorisés pour fournir l’héparine, de manière à éviter des contaminations par le prion (potentiellement présent chez les bovins et les ovins), agent responsable de la maladie de Creuztfeld-Jakob chez l’homme, de la vache folle chez les bovins, de la tremblante chez les ovins). Il faut se rendre à l’évidence, le fait que 50% des approvisionnements de matière première vient de Chine n’est pas anodin. Comme l’indique Wang Xiangyang, le responsable d’une unité chinoise de production d’héparine interrogé par un journaliste du Wall Street Journal (10 mars 2008), sa compagnie "a été forcée d’utiliser des intestins de mouton en supplément des intestins de porc, à cause d’une insuffisance de disponibilité résultant d’une demande trop importante de cette espèce"... L’énorme consommation mondiale contraint en effet à élargir les sources de matière première : le nombre de porcs abattus annuellement dans les abattoirs (estimé à un milliard de bêtes) est totalement insuffisant pour répondre à la demande de l’industrie pharmaceutique, laquelle peut être tentée de fermer les yeux sur la qualité des matières premières que des hépariniers chinois collectent auprès d’ateliers plus ou moins clandestins. Ce problème de sécurité a été développé dans l’article “Anticoagulants : la filière chinoise” , paru en novembre 2005 dans 60 millions de consommateurs (4). La Chine a réagi assez rapidement en promettant de nouvelles inspections chez ses dizaines de producteurs d’héparine » brute, mais « a tenu à préciser qu’elle ne pouvait toutefois pas être tenue pour responsable de la qualité des produits quittant ses usines.

- Sur un tout autre volet, celui des friches industrielles et leur dépollution, l’association Collectif Vigilance Franklin (CVF) est assigné en justice en diffamation par le maire de Vincennes, suite à un trac diffusé en 2006 et cosigné par le CVF mettant en cause la Préfecture et la Mairie pour leur refus de prendre leurs responsabilités quant à la nécessaire dépollution de l’ancien site Kodak de Vincennes où plusieurs cancers se sont développés chez des enfants. La présidente de l’association, Véronique Lapides – qui a joué un rôle central pour faire valoir la demande des parents, leurs questionnements pour guider les expertises, leurs droit de savoir, doit comparaître prochainement devant le Tribunal Correctionnel de Créteil.

Alors que se prépare la Loi Grenelle traitant de l’expertise et de la protection de l’alerte dans le champ environnemental et sanitaire, se tiendra le 27 mars au Sénat une rencontre : « Lanceurs d’alerte et système d’expertise : vers une législation exemplaire en 2008 ? » (5) portée par la Sénatrice Marie-Christine Blandin et la Fondation Sciences Citoyennes. Des lanceurs d’alerte comme Pierre Méneton, Véronique Lapides, Christian Vélot, Maurice Goudoin, des politiques comme Corinne Lepage ou Michèle Rivasi, des juristes, sociologues, représentants de syndicats et d’associations apporteront leur témoignage.

(1) Le monde selon Monsanto, de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien" de Marie-Monique Robin, diffusé sur Arte ce 11 mars 2008.
(2) Voir les chapitres I, IV, VIII, du livre Alertes santé, par André Cicolella et Dorothée Benoit Browaeys, Fayard 2005
(3) « L’Europe touchée à son tour par l’affaire de l’héparine contaminée » Les Echos, mardi 11 mars
(4) “Anticoagulants : la filière chinoise”, Dorothée Benoit Browaeys, 60 millions de consommateurs, novembre 2005, N°399
(5) programme complet sur http://www.sciencescitoyennes.org/spip.php ?article1680.

 
Post Scriptum :
Dorothée Benoit Browaeys est Déléguée générale de VivAgora