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Convergences des technologies : pour quoi faire ?
mardi 18 septembre 2007
par vivagora
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Brice Laurent, élève-ingénieur à l’École des Mines

Les 14 et 15 mai avait lieu à Vienne une conférence consacrée aux technologies convergentes. Cet événement était organisé par le projet " Knowledge NBIC "(1), financé par le 6ème programme cadre européen. Plusieurs institutions européennes de recherche participent à ce projet, qui s’intéresse aux implications sociales du domaine NBIC, aux caractéristiques de la production de connaissances et à d’éventuelles oppositions sociales. La conférence de Vienne rassemblait des participants d’Europe et d’Amérique. Elle a permis de soulever certaines questions qui sont aujourd’hui centrales pour les chercheurs en sciences sociales intéressés par la convergence des technologies, en particulier sur les méthodes susceptibles d’être employées.

L’interrogation sur la nature de la convergence

La nature de la convergence des technologies est un objet d’interrogation pour l’ensemble des participants. Quels sont les liens entre le discours de promotion des technologies convergentes et les évolutions des pratiques de recherche scientifique et technologique ? L’importance des financements publics est-elle révélatrice de tendances profondes ou bien est-ce une stratégie pour assurer un soutien à des projets de recherche dans la continuité de travaux antérieurs ? L’étude des implications éventuelles de la convergence des technologies est inséparable de ces questions liées à la nature de la convergence.
Par ailleurs, le choix de la convergence comme objet d’étude est porteur d’un positionnement normatif dans la mesure où ce choix peut contribuer à la légitimer comme objet pour l’action publique. Dans un contexte où les chercheurs en sciences sociales reçoivent des financements pour explorer les implications sociales des technologies émergentes, il est important que la recherche en science sociale ne serve pas à légitimer un discours centré autour d’un certain déterminisme technologique, mais soit capable au contraire de s’interroger en permanence sur la nature de l’objet qu’elle étudie ainsi que sur son propre rôle normatif.
Ces questionnements sur la nature de la convergence sont présents dans tous les travaux présentés au cours de la conférence. La plupart d’entre eux choisissent parmi trois types d’approche méthodologique.

Trois approches
Pour étudier la convergence des nanotechnologies, trois dimensions peuvent être abordées :

  Dans la lignée de l’étude des " programmes métaphysiques " selon l’expression employée par Jean-Pierre Dupuy, il s’agit de s’intéresser aux documents d’orientation de la politique scientifique (en premier lieu les rapports américains et européens) et d’identifier les évolutions dans les cadrages des priorités de recherche.

  l’investigation empirique de projets scientifiques particuliers permet d’explorer les évolutions des pratiques des chercheurs (si elles existent), l’interdisciplinarité de la recherche dans le domaine des NBIC, ou encore les stratégies mises en œuvre par les laboratoires pour intégrer des connaissances nouvelles. Ce type de recherche permet de fournir une description contrastée des pratiques scientifiques.

  Enfin l’analyse des descriptions de la convergence des technologies est une autre méthode possible. Il s’agit par exemple d’étudier la façon par laquelle les médias rendent compte des développements technologiques, mais aussi les différentes visions de la convergence des technologies qui s’opposent lors de controverses publiques liées aux développements scientifiques. L’objectif est ici de reprendre les catégories des acteurs (y compris scientifiques) pour explorer les différentes significations de la convergence des technologies.

Perspectives
La plupart des présentations faites au cours du colloque de Vienne se répartissent entre ces trois groupes. Malheureusement peu de connexions sont faites entre ces niveaux d’analyse. Le tableau général des études sociales des technologies convergentes apparaît encore fragmenté, et bien souvent manquant de matériaux empiriques. La faiblesse de l’articulation entre ces différents niveaux d’étude limite les possibilités d’intervention politique. Cette dimension était peu présente à Vienne, elle est cependant essentielle pour assurer la pertinence des travaux de sciences sociales pour la société toute entière.

Considérons par exemple un thème récurrent au cours de la conférence, l’amélioration des performances humaines. Ce thème est central dans le discours américain de la convergence des technologies ; l’idéologie sous-tendant ce discours est évoquée, ainsi que les différences d’approches en Europe et aux Etats-Unis (la différence entre les approches " engineering for the mind " en Europe et " engineering of the mind " aux Etats-Unis est plusieurs fois soulignée). D’autres travaux montrent l’existence de pratiques de coopération nouvelles dans certains laboratoires. Enfin on apprend que des mouvements d’opposition existent. Ces éclairages sur l’amélioration des performances humaines sont certainement nécessaires, mais ne suffisent pas à assurer que les futurs systèmes socio-technologiques seront mis en place de façon démocratique.

Une difficulté à surmonter aujourd’hui pour les sciences sociales travaillant sur la convergence des technologies est certainement la tension entre la position (liée en partie aux financements des projets) au cœur du discours de la convergence et les attitudes réflexives et critiques qui permettent d’interroger le discours de la convergence. Ainsi les travaux des sciences sociales peuvent-ils ou bien contribuer à légitimer un discours déterministe annonçant la convergence des technologies, ou bien au contraire tomber dans la paralysie politique en ne dépassant pas la position critique (qui consiste par exemple à montrer que le discours de la convergence n’est pas lié aux pratiques scientifiques observées). Une des pistes pour dépasser cette tension est l’investigation des dispositifs institutionnels existants et des aménagements envisageables ou en cours d’expérimentation. C’est en se penchant sur les institutions existantes ou à construire que les sciences sociales pourront contribuer à assurer un développement technologique réflexif et délibératif.

(1) www.converging-technologies.org/ On trouvera sur le site le programme ainsi que quelques informations sur les présentations faites. La conférence donnera lieu à une publication dans le courant de l’année 2008.

 
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